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Private equity, investir dans le non coté
Le private equity consiste à détenir des parts de sociétés non cotées, via un fonds (FCPR, FPCI, FCPI, SLP) ou une unité de compte d'assurance-vie ou de PER. L'argent est appelé par tranches, puis rendu au fil des reventes, sur huit à dix ans. En contrepartie : illiquidité, frais élevés, risque de perte en capital.
Le mécanisme
Le private equity, ou capital investissement, consiste à entrer au capital d’entreprises qui ne sont pas cotées en bourse. Vous ne passez pas un ordre sur un marché : vous confiez votre argent à une société de gestion qui prend des participations, les accompagne quelques années, puis les revend.
Trois stades sont visés. Le capital risque finance des sociétés jeunes qui ne gagnent pas encore d’argent. Le capital développement finance la croissance d’entreprises rentables. Le capital transmission finance le rachat d’une société, souvent avec de la dette.

Un particulier y accède par plusieurs véhicules. Le FCPR, fonds commun de placement à risques, investit au moins 50 % de son actif en titres non cotés et reste ouvert au grand public. Le FCPI vise les sociétés innovantes, à hauteur de 70 % minimum (guide de l’AMF sur les fonds de capital investissement, mars 2023). Le FPCI, fonds professionnel de capital investissement, exige une souscription initiale de 100 000 €, ou 30 000 € pour certaines catégories d’investisseurs avertis (article 423-49 du règlement général de l’AMF). La société de libre partenariat, ou SLP, créée par la loi du 6 août 2015, est un fonds professionnel spécialisé soumis aux mêmes exigences. Enfin, des unités de compte de private equity existent dans les contrats d’assurance-vie et les PER, pour quelques centaines ou milliers d’euros.
Le fonctionnement surprend souvent. Vous ne versez pas tout le jour de la souscription : vous vous engagez sur un montant, que la société de gestion appelle par tranches, au fil de ses acquisitions. Cet argent doit rester disponible. Viennent ensuite les distributions : chaque fois qu’une société est revendue, le produit vous est reversé. Vous ne choisissez ni le moment des appels, ni celui des distributions.
D’où la courbe en J. Les frais sont prélevés dès la première année, alors qu’aucune société n’a encore été revendue : la valeur de la part commence par baisser, puis remonte seulement si les cessions se font. Il n’existe pas de marché secondaire organisé, et le rachat est en principe impossible pendant la vie du fonds, qui peut aller jusqu’à dix ans (AMF, mars 2023). L’AMF relève même une durée de vie médiane de 10,2 ans pour les FIP et FCPI arrivés à terme (étude de janvier 2025). Huit à dix ans est une hypothèse de travail, pas un maximum.

Une hypothèse pour mesurer le poids des frais. Vous vous engagez sur 30 000 €. Les frais totaux annuels médians d’un FCPR ressortent à 2,5 % (AMF, janvier 2025), soit 750 € par an et 7 500 € en dix ans : un quart de votre engagement part en frais avant la moindre distribution. Simulation indicative, sur la base des règles en vigueur en septembre 2026.
Un mot sur le private equity immobilier : des fonds qui prennent des participations dans des sociétés non cotées du secteur, promoteurs, exploitants, foncières. Ne le confondez pas avec le crowdfunding immobilier, souscrit sur des plateformes agréées : vous y prêtez de l’argent contre des obligations, sur une durée courte. C’est du prêt, pas du capital.
Pour qui, pour quoi
Un dirigeant de 48 ans qui vient de céder une partie de son entreprise. Sa résidence principale est payée, son assurance-vie et son PER sont alimentés, et il dispose d’une trésorerie dont il n’aura pas besoin avant dix ans. Il connaît le non coté de l’intérieur : une société met des années à valoir quelque chose. Une ligne de FPCI, limitée à une petite part de ses actifs financiers, a du sens pour lui.
Un couple de 52 ans, imposé dans la tranche à 41 %, dont l’assurance-vie contient déjà un fonds en euros et des unités de compte cotées. Ils veulent diversifier sans ouvrir une enveloppe de plus. Des unités de compte de private equity à l’intérieur du contrat leur donnent un accès progressif, avec la fiscalité de l’assurance-vie et une liquidité organisée par l’assureur.
Une indépendante de 40 ans qui souhaite financer des entreprises de son secteur et accepte de ne rien toucher pendant dix ans. Un FCPR grand public lui évite l’engagement de 100 000 € d’un fonds professionnel. Elle sait aussi que cette somme peut ne rien lui rapporter.
À l’inverse, si votre épargne de précaution n’est pas constituée, si votre horizon est inférieur à huit ans, ou si la somme envisagée dépasse une petite fraction de votre patrimoine financier, passez votre tour.
Avantages
La diversification : votre épargne cesse de dépendre uniquement des marchés cotés et de l’immobilier. Les sociétés détenues par un fonds ne suivent pas le calendrier de la bourse, et leur valeur ne se recalcule pas chaque jour.
L’accès au tissu des entreprises non cotées : la très grande majorité des sociétés françaises ne sont pas en bourse. Un fonds vous ouvre des dizaines de participations que vous ne pourriez pas acheter seul, avec un travail de sélection et de suivi que vous ne pourriez pas mener.
La discipline imposée par le blocage : on ne vend pas un FCPR un matin de panique. Ce qui est un défaut de liquidité devient, sur dix ans, une contrainte qui protège l’épargnant de ses propres réflexes.
Le cadre fiscal de certains fonds : un FCPR fiscal exonère d’impôt sur le revenu les produits et les plus-values, si vous conservez vos parts cinq ans et réinvestissez les distributions (article 163 quinquies B du CGI). Les prélèvements sociaux, eux, restent dus.
Inconvénients
L’illiquidité : il n’existe pas de marché secondaire organisé. Pendant la vie du fonds, vous ne pouvez en principe pas sortir, même en cas de besoin. Les exceptions sont limitées à l’invalidité, au décès, au départ à la retraite et au licenciement (BOI-RPPM-RCM-40-30, 25 mai 2023). Une unité de compte logée dans une assurance-vie n’efface pas cette contrainte : l’assureur peut encadrer les arbitrages et les rachats sur ces supports.
Les frais : l’AMF a mesuré des frais totaux annuels médians de 3,5 % pour les FIP et 3,2 % pour les FCPI, de 2,4 % à 2,7 % pour les FCPR et les autres fonds proposés en assurance-vie, et de 1,7 % pour les fonds professionnels à appel progressif (étude de janvier 2025, données au 31 décembre 2023). Prélevés dix ans de suite, ces pourcentages pèsent lourd.
La dispersion des résultats : sur les fonds vivants à cette date, l’AMF relève un taux de rentabilité interne médian négatif, de -2,4 % pour les FIP et -1,1 % pour les FCPI, contre 2,4 % à 7,5 % pour les FCPR. L’écart entre le premier et le troisième quartile atteint 5 à 7 points selon les catégories. Choisir le fonds compte autant que choisir la classe d’actifs.
Le risque de perte en capital : une société non cotée peut ne plus rien valoir. Les fonds arrivés à terme dans les catégories FIP et FCPI affichent des résultats majoritairement négatifs, avec des médianes comprises entre -5 % et 0 % selon les millésimes (AMF, janvier 2025).
Fiscalité
Cadre en vigueur au 17 septembre 2026. Sources : BOFiP BOI-RPPM-RCM-40-30 (25 mai 2023), BOI-RPPM-RCM-40-55 (30 juillet 2024), BOI-IR-RICI-100 et BOI-IR-RICI-110-10-20 (27 août 2026) ; articles 163 quinquies B et 199 terdecies-0 A bis du code général des impôts ; article 423-49 du règlement général de l’AMF ; lois de finances et de financement de la sécurité sociale pour 2026 ; Observatoire des produits d’épargne financière, rapport annuel 2026.
Régime de droit commun : les distributions et les plus-values de cession de parts supportent le prélèvement forfaitaire unique, soit 12,8 % d’impôt plus 18,6 % de prélèvements sociaux depuis le 1er janvier 2026, au total 31,4 %. L’option pour le barème progressif reste ouverte et, pour les revenus perçus à compter de 2026, elle est révocable.
Exonération après cinq ans : l’article 163 quinquies B exonère d’impôt sur le revenu les produits et les plus-values distribués par un FCPR fiscal, sous conditions cumulatives. Vous vous engagez à conserver vos parts au moins cinq ans à compter de la souscription. Vous réinvestissez immédiatement dans le fonds les sommes distribuées pendant ces cinq ans, qui restent bloquées. Vous ne détenez pas, avec votre conjoint, vos ascendants et vos descendants, plus de 25 % des droits dans les bénéfices des sociétés du portefeuille, ni ne les avez détenus dans les cinq ans précédant la souscription. Le fonds respecte son quota d’investissement, soit au moins 50 % de titres éligibles. Si une condition cesse d’être remplie, l’exonération tombe. Dans tous les cas, les prélèvements sociaux restent dus à 18,6 % (BOI-RPPM-RCM-40-30, 25 mai 2023).
FCPI : la réduction d’impôt sur le revenu pour souscription de parts de FCPI est supprimée pour les souscriptions réalisées à compter du 21 février 2026 (article 22 de la loi de finances pour 2026). Subsiste la réduction au titre des FCPI investis en titres de jeunes entreprises innovantes : 30 % du versement, retenu à proportion du quota d’investissement du fonds, dans la limite de 75 000 € de versements par an, 150 000 € pour un couple, l’avantage total étant plafonné à 50 000 € sur 2024 à 2028, parts conservées jusqu’au 31 décembre de la cinquième année (BOI-IR-RICI-110-10-20, 27 août 2026).
PEA-PME : les parts de FCPR, de FCPI et de FIP y sont éligibles de plein droit. Le plafond de versement s’élève à 225 000 €, commun avec le PEA. Après cinq ans, les gains échappent à l’impôt sur le revenu et supportent les prélèvements sociaux au retrait. Pour les titres non cotés, les produits ne sont exonérés que dans la limite de 10 % du montant du placement (BOI-RPPM-RCM-40-55, 30 juillet 2024).
Assurance-vie et PER : une unité de compte de private equity suit la fiscalité de l’enveloppe, pas celle du fonds. Dans une assurance-vie, rien n’est imposé tant que vous ne retirez pas ; au rachat, les gains supportent 17,2 % de prélèvements sociaux, avec après huit ans l’abattement annuel de 4 600 € ou 9 200 € pour un couple. Dans un PER, la sortie est imposée selon le traitement retenu à l’entrée, et les gains supportent 18,6 %.
Loi industrie verte : l’article 35 de la loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023, en vigueur depuis le 24 octobre 2024, impose une part minimale d’actifs non cotés dans la gestion pilotée. Pour un contrat d’assurance-vie ou de capitalisation en gestion pilotée profilée, cette part est nulle dans le profil prudent, d’au moins 4 % des versements dans le profil équilibré et d’au moins 8 % dans le profil dynamique (arrêté du 1er juillet 2024). Le PER en gestion pilotée à horizon est soumis à des parts minimales comparables, qui varient selon le profil retenu. Si votre contrat est en gestion pilotée, vous détenez donc probablement déjà du non coté.
Les erreurs fréquentes
Souscrire pour l’avantage fiscal. C’était déjà un réflexe coûteux quand la réduction FCPI existait ; depuis février 2026, elle a disparu pour la plupart des fonds. Un avantage fiscal ne rattrape pas un fonds qui perd de l’argent, et il impose en prime un blocage de cinq ans.
Oublier les appels de fonds. Nous voyons des épargnants s’engager sur 50 000 € en croyant avoir tout versé, puis découvrir des appels les années suivantes, au mauvais moment. Un engagement de private equity se planifie dans un budget de trésorerie, pas dans un coin de tableau.
Tout mettre sur un seul fonds et un seul millésime. La dispersion mesurée par l’AMF dit l’essentiel : entrer une seule fois, chez un seul gérant, revient à parier sur une année. Répartir sur plusieurs exercices et plusieurs stratégies demande un peu de suivi et change le profil de risque.
Sur la table en rendez-vous
Nous commençons par vous : votre épargne de précaution, votre horizon réel, votre tranche marginale d’imposition, les enveloppes déjà ouvertes, et la part de votre patrimoine financier que vous pouvez immobiliser dix ans sans y penser. Tant que cette réponse n’est pas nette, le reste ne sert à rien.
Ensuite le fonds, documents réglementaires en main : le document d’informations clés, le règlement, la stratégie, le nombre de participations, la durée de vie et les prorogations possibles, le calendrier prévu des appels de fonds. Puis les frais, tous les frais : commission de souscription, frais de gestion annuels, part de la plus-value revenant à l’équipe de gestion. Et l’historique des fonds déjà soldés par la même société de gestion, c’est-à-dire ce qui a réellement été rendu aux porteurs, millésime par millésime.
Enfin le mode de détention : en direct, dans une assurance-vie, dans un PER ou dans un PEA-PME, chacun avec sa fiscalité, ses frais d’enveloppe et sa liquidité. Nous vérifions si les conditions de l’article 163 quinquies B sont tenables dans votre cas, et si le fonds détient de l’immobilier, ce qui change votre situation au regard de l’impôt sur la fortune immobilière.
Ce que nous décidons ensemble dépend de ces éléments. Un article ne peut pas le faire à votre place.
Les exemples chiffrés sont des hypothèses génériques. Simulation indicative. Ne constitue pas un conseil en investissement.
À retenir
Le private equity, c’est du capital dans des sociétés non cotées : l’argent est appelé par tranches, rendu au fil des reventes, et immobilisé huit à dix ans sans marché secondaire organisé.
Les frais sont élevés et les écarts entre fonds sont larges : l’AMF mesure des frais totaux annuels médians de 1,7 % à 3,5 % et des taux de rentabilité interne médians négatifs sur les FIP et les FCPI.
Un FCPR fiscal exonère d’impôt sur le revenu après cinq ans de conservation et réinvestissement des distributions, mais les prélèvements sociaux de 18,6 % restent dus.
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Questions fréquentes
Vos questions fréquentes
Trois portes existent. Un FCPR ou un FCPI grand public, souscrit auprès d'une société de gestion ou par l'intermédiaire d'un conseiller. Un FPCI ou une SLP, réservés aux investisseurs avertis et à des tickets élevés. Ou une unité de compte de private equity dans une assurance-vie ou un PER : la voie la plus accessible, puisqu'elle démarre à quelques centaines d'euros dans une enveloppe existante.
Comptez huit à dix ans, parfois davantage. Le rachat des parts est en principe impossible pendant la vie du fonds, qui peut atteindre dix ans selon l'AMF, et son étude de janvier 2025 relève une durée médiane de 10,2 ans pour les FIP et FCPI arrivés à terme. Quelques cas de sortie anticipée existent : invalidité, décès, retraite, licenciement.
La perte en capital d'abord : une société non cotée peut disparaître. L'illiquidité ensuite, faute de marché secondaire organisé. Les frais, prélevés chaque année pendant dix ans. Enfin l'écart entre fonds : l'AMF mesure des taux de rentabilité interne médians négatifs sur les FIP et les FCPI vivants au 31 décembre 2023. Le choix du fonds pèse autant que celui de la classe d'actifs.
Cela dépend du véhicule. Dans une assurance-vie ou un PER, quelques centaines d'euros suffisent souvent. Un FCPR grand public s'ouvre pour quelques milliers d'euros. Un FPCI exige une souscription initiale d'au moins 100 000 €, ou 30 000 € pour certaines catégories d'investisseurs (article 423-49 du règlement général de l'AMF). Le montant juste reste une petite fraction de votre patrimoine financier.
En direct, les distributions et les plus-values relèvent du prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026, ou du barème progressif sur option. Un FCPR fiscal exonère d'impôt sur le revenu si vous conservez vos parts cinq ans et réinvestissez les distributions ; les prélèvements sociaux de 18,6 % restent dus. Dans une assurance-vie ou un PER, c'est la fiscalité de l'enveloppe qui s'applique.

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