
Construire
Le PER, déduire aujourd’hui et payer à la sortie
Le PER est une enveloppe d'épargne bloquée jusqu'à la retraite, sauf accidents de la vie et achat de la résidence principale. Ce que vous y versez se déduit de votre revenu imposable, dans un plafond annuel, puis se retrouve imposé à la sortie. C'est un report d'impôt : il rapporte si votre taux d'imposition baisse à la retraite.
Le mécanisme
Le PER, plan d’épargne retraite, existe depuis la loi Pacte de 2019. Il remplace les anciens PERP, contrats Madelin et articles 83. Vous ouvrez un PER individuel auprès d’un assureur ou d’une banque, vous l’alimentez quand vous voulez, et l’argent est investi sur des supports : fonds en euros, fonds actions, fonds indiciels, immobilier, comme dans une assurance-vie.
La règle qui fait tout : chaque versement volontaire se déduit de votre revenu imposable de l’année, dans la limite d’un plafond. L’économie d’impôt dépend de votre tranche marginale, c’est-à-dire du taux appliqué à vos derniers euros de revenu. À 30 %, 1 000 € versés font baisser l’impôt de 300 €. À 11 %, de 110 €. À 0 %, de rien.
En contrepartie, l’argent est indisponible jusqu’à votre départ en retraite, sauf six situations prévues par la loi : décès du conjoint ou du partenaire de PACS, invalidité, surendettement, fin des droits au chômage, liquidation judiciaire pour un indépendant, et achat de la résidence principale.
À la retraite, vous sortez en capital, en rente viagère, ou en mélange des deux. Et l’impôt revient : la part des versements que vous aviez déduits est imposée au barème comme un revenu, la part de gains est imposée comme un placement. Le PER ne supprime pas l’impôt, il le déplace. C’est le point que nous répétons le plus souvent.

Prenons une hypothèse. Un cadre de 45 ans, tranche marginale à 30 %, verse 5 000 € par an sur un PER. Chaque année, son impôt baisse de 1 500 €. À 65 ans, il a versé 100 000 € et son contrat en vaut 140 000 € (hypothèse de valorisation). Il part en retraite avec une tranche marginale à 11 %. S’il retire tout en une fois, les 100 000 € de versements sont imposés au barème à 11 %, soit environ 11 000 € (et davantage si le retrait le fait changer de tranche, d’où l’intérêt d’étaler), et les 40 000 € de gains sont imposés à 31,4 %, soit 12 560 €. Il a économisé 30 000 € d’impôt pendant vingt ans, il en rend 23 560 € à la sortie, avec un capital qui a travaillé entre-temps. Si sa tranche était restée à 30 %, il aurait rendu à peu près ce qu’il avait économisé sur les versements : le PER n’aurait servi qu’à décaler l’impôt. Simulation indicative, sur la base des règles en vigueur en septembre 2026.
Pour qui, pour quoi
Trois situations où le PER prend tout son sens.
Un couple de cadres de 48 ans, imposé dans la tranche à 41 %, avec une épargne de précaution déjà constituée. Chaque euro versé leur rend 41 centimes d’impôt tout de suite. À la retraite, leurs revenus baisseront probablement d’une ou deux tranches. Le PER est pour eux un outil de première intention, à côté de l’assurance-vie qui garde l’argent disponible.
Une chirurgienne-dentiste de 52 ans, en libéral, qui n’a jamais rien mis de côté pour sa retraite hors de ses cotisations obligatoires. Son plafond de déduction d’indépendante est plus élevé que celui d’un salarié et se calcule sur son bénéfice. Elle peut rattraper en dix ans une partie du retard, avec une économie d’impôt à chaque versement.
Un dirigeant de 58 ans qui va céder son entreprise et se retrouver, une année, avec des revenus exceptionnels. Un versement important sur un PER cette année-là, en utilisant les plafonds non consommés des années précédentes, absorbe une partie de l’impôt sur ce pic de revenus.
À l’inverse, un jeune actif peu imposé, ou une personne qui aura besoin de son argent avant la retraite, n’a presque rien à gagner au PER. L’assurance-vie fait mieux pour lui.
Avantages
La déduction immédiate : le versement réduit l’impôt de l’année, à hauteur de votre tranche marginale, dans un plafond que vous retrouvez sur votre avis d’imposition.
Le report d’impôt : entre le versement et la retraite, l’argent qui aurait été payé au fisc reste investi et produit des gains.
Le rattrapage : les plafonds non utilisés des années précédentes restent mobilisables (cinq ans à compter des revenus 2026, contre trois auparavant), et un couple peut mutualiser ses plafonds.
La sortie souple : capital en une ou plusieurs fois, rente viagère, ou les deux, avec une possibilité de déblocage anticipé pour acheter sa résidence principale.
Inconvénients
L’argent est bloqué : hors accidents de la vie et résidence principale, aucun retrait avant la retraite. Un PER ne remplace pas une épargne de précaution.
L’impôt revient à la sortie : les versements déduits sont imposés au barème le jour du retrait. Si votre tranche ne baisse pas, ou si vous retirez une grosse somme d’un coup, l’avantage s’évapore.
Les frais s’accumulent sur trente ans : frais sur versement, frais de gestion, frais des supports, frais d’arrérages sur la rente. Deux PER au même plafond de déduction peuvent finir avec 20 % d’écart de capital.
Les versements après 70 ans ne sont plus déductibles depuis le 1er janvier 2026, et les gains du PER supportent des prélèvements sociaux plus élevés que ceux de l’assurance-vie.
Fiscalité
Cadre en vigueur au 14 septembre 2026. Sources : articles 163 quatervicies et 154 bis du code général des impôts pour la déduction ; article L. 224-4 du code monétaire et financier pour les déblocages anticipés ; loi de finances pour 2026 pour la fin de la déduction après 70 ans et le report des plafonds ; loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 pour les prélèvements sociaux ; articles 990 I et 757 B du CGI au décès.
Plafond de déduction des salariés pour les versements de 2026 : 10 % des revenus professionnels de 2025, dans la limite de 37 680 €, avec un minimum de 4 710 € même sans revenu d’activité. Ce plafond figure sur votre avis d’imposition, ligne « plafond épargne retraite ».
Plafond des indépendants (BIC, BNC, gérants majoritaires) : 10 % du bénéfice imposable dans la limite de 8 fois le plafond de la Sécurité sociale, plus 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 fois ce plafond, soit au maximum 88 911 € pour 2026.
Versements après 70 ans : depuis le 1er janvier 2026, ils ne sont plus déductibles. En contrepartie, ils ressortent sans impôt sur le revenu à la sortie ; seuls leurs gains sont imposés.
Sortie en capital : la part correspondant aux versements déduits est ajoutée à vos revenus et imposée au barème, sans l’abattement de 10 % des pensions. La part de gains est soumise au prélèvement forfaitaire unique de 12,8 % plus 18,6 % de prélèvements sociaux, soit 31,4 % au total.
Sortie en rente : la rente issue de versements déduits est imposée comme une pension de retraite, au barème après abattement de 10 %. Les prélèvements sociaux s’appliquent sur une fraction de la rente qui dépend de votre âge au premier versement : 70 % avant 50 ans, 50 % de 50 à 59 ans, 40 % de 60 à 69 ans, 30 % à partir de 70 ans. La rente issue de versements non déduits n’est imposée, à l’impôt et aux prélèvements sociaux, que sur cette même fraction.

Déblocage anticipé : pour les accidents de la vie (décès du conjoint, invalidité, surendettement, chômage en fin de droits, liquidation judiciaire), le capital ressort sans impôt sur le revenu, seuls les gains supportent les prélèvements sociaux. Pour l’achat de la résidence principale, la fiscalité est celle d’une sortie en capital classique.
Au décès, pour un PER ouvert chez un assureur : si le décès survient avant 70 ans, chaque bénéficiaire reçoit 152 500 € sans taxation, puis 20 % jusqu’à 700 000 € et 31,25 % au-delà (article 990 I). Si le décès survient après 70 ans, l’ensemble des sommes, gains compris, entre dans l’abattement global de 30 500 € puis dans les droits de succession (article 757 B). Attention : contrairement à l’assurance-vie, c’est l’âge au décès qui compte, pas l’âge au moment des versements. Pour un PER ouvert dans une banque, les sommes entrent dans la succession. Dans tous les cas, le conjoint et le partenaire de PACS sont exonérés.
Les erreurs fréquentes
Le PER ouvert pour la déduction, sans regarder la tranche. À 11 % d’imposition, l’économie est faible et l’argent est bloqué trente ans. Une assurance-vie aurait rendu le même service, disponible.
Le retrait de tout le capital la première année de retraite. Cent mille euros ajoutés aux revenus d’une seule année font sauter deux tranches. Le retrait s’étale sur plusieurs années, et se combine avec le calendrier des autres revenus.
Le plafond gaspillé. Beaucoup de contribuables ignorent que leurs plafonds des années précédentes restent utilisables, et qu’un couple peut les additionner. Une ligne de l’avis d’imposition, jamais lue.
Sur la table en rendez-vous
Nous commençons par votre feuille d’impôt : votre tranche marginale aujourd’hui, celle que nous anticipons à la retraite, et vos plafonds disponibles, les vôtres et ceux de votre conjoint. Sans écart de tranche, nous ne recommandons pas de PER.
Ensuite, votre horizon et votre épargne disponible : un PER ne se remplit qu’avec de l’argent dont vous n’aurez pas besoin avant la retraite. Nous regardons ce qui existe déjà : anciens PERP, contrats Madelin, articles 83 d’anciens employeurs, souvent oubliés, parfois à transférer.
Enfin, le contrat lui-même : frais sur versement, frais de gestion, frais sur la rente, qualité et diversité des supports, gestion libre ou pilotée, options de sortie, et la rédaction de la clause bénéficiaire pour un PER assurance.
Ce que nous décidons ensemble dépend de ces éléments. Un article ne peut pas le faire à votre place.
Les exemples chiffrés sont des hypothèses génériques. Simulation indicative. Ne constitue pas un conseil en investissement.
À retenir
Le PER déduit vos versements de votre revenu imposable, puis les impose à la sortie : c’est un report d’impôt, utile si votre tranche baisse à la retraite.
L’argent est bloqué jusqu’à la retraite, sauf accidents de la vie et achat de la résidence principale.
Plafond 2026 des salariés : 10 % des revenus de 2025, au plus 37 680 € ; les plafonds non utilisés des années précédentes se rattrapent, et se mutualisent en couple.
Une question sur ce sujet ?
Un premier rendez-vous de découverte, en visioconférence, sans engagement.
Questions fréquentes
Vos questions fréquentes
Vous déduisez vos versements de votre revenu imposable dans la limite de 10 % de vos revenus professionnels de l'année précédente, au plus 37 680 € pour les versements de 2026, avec un minimum de 4 710 €. Les indépendants disposent d'un plafond plus élevé, calculé sur leur bénéfice. L'économie d'impôt correspond au versement multiplié par votre tranche marginale : 1 000 € versés à 30 % font baisser l'impôt de 300 €.
Oui, dans six situations prévues par la loi : décès du conjoint ou du partenaire de PACS, invalidité, surendettement, fin des droits au chômage, liquidation judiciaire pour un indépendant, et achat de la résidence principale. Dans les cinq premiers cas, le capital ressort sans impôt sur le revenu. Pour la résidence principale, les versements déduits sont imposés comme à la retraite. En dehors de ces cas, l'argent reste bloqué.
Les deux se complètent. L'assurance-vie garde l'argent disponible et se transmet dans de bonnes conditions ; le PER offre une déduction immédiate mais bloque l'épargne et l'impose à la sortie. Le PER prend l'avantage quand votre tranche marginale est élevée aujourd'hui et sera plus basse à la retraite. Dans le doute, l'assurance-vie vient en premier, le PER ensuite, avec de l'argent dont vous n'aurez pas besoin.
En capital, la part des versements déduits est imposée au barème comme un revenu, et les gains à 31,4 % (impôt et prélèvements sociaux). En rente, la rente issue de versements déduits est imposée comme une pension, après abattement de 10 %. Retirer le capital en plusieurs années, plutôt qu'en une fois, évite de changer de tranche.
Pour un PER souscrit chez un assureur, le capital va aux bénéficiaires désignés. Décès avant 70 ans : 152 500 € exonérés par bénéficiaire, puis 20 % et 31,25 %. Décès après 70 ans : un abattement global de 30 500 €, puis les droits de succession sur toutes les sommes, gains compris. C'est l'âge au décès qui compte, pas la date des versements. Le conjoint et le partenaire de PACS sont exonérés.

Pour aller plus loin
Parlons de votre prochaine décision
Un premier rendez-vous de découverte, en visioconférence, sans engagement.