
Optimiser
Où placer la trésorerie de son entreprise sans la bloquer ?
Découpez la trésorerie de votre entreprise en trois horizons. La trésorerie d'exploitation reste disponible sur le compte. La réserve de sécurité va sur des comptes à terme aux échéances échelonnées. Seul l'excédent structurel, dont la société n'aura pas l'usage avant cinq ans, se place à long terme, en contrat de capitalisation par exemple. Chaque enveloppe a sa propre fiscalité.
Le besoin
Votre société gagne de l’argent depuis plusieurs exercices. Le compte bancaire affiche 300 000 €, puis 400 000 €, puis davantage. Votre banquier vous propose un placement, votre expert-comptable vous parle de dividendes, et rien ne bouge.
Ce blocage a une cause simple. La trésorerie, c’est-à-dire l’argent disponible de la société sur ses comptes, mélange trois sommes qui n’ont pas le même rôle.
La première paie les salaires, les fournisseurs, la TVA et l’impôt des prochains mois. C’est la trésorerie d’exploitation. Son montant dépend de votre besoin en fonds de roulement : l’argent que l’activité immobilise entre le moment où vous payez vos charges et celui où vos clients vous règlent.
La deuxième protège l’entreprise d’une mauvaise année : un client qui paie en retard, une commande qui glisse, un investissement urgent. C’est la réserve de sécurité. Elle doit rester mobilisable en quelques semaines.
La troisième est là depuis longtemps et n’a aucun emploi prévu. C’est l’excédent structurel. Tant qu’il dort sur un compte courant, il ne rapporte rien et perd du pouvoir d’achat dès que les prix montent.
Le dirigeant hésite, car sortir cet argent coûte. Il a déjà supporté l’impôt sur les sociétés. Encaissé à titre personnel sous forme de dividende, il supporte en plus le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % depuis le 1er janvier 2026.
La vraie question n’est donc pas seulement « où placer ? ». C’est aussi « à qui doit appartenir cet argent : à la société ou à vous ? ».
Les leviers possibles
Trois horizons, trois enveloppes. L’erreur serait de chercher un produit unique pour les trois.
Pour la trésorerie d’exploitation, la disponibilité passe avant tout. Elle reste sur le compte courant, ou sur un compte rémunéré disponible à tout moment. Son rôle n’est pas de rapporter, mais d’éviter le découvert.
Pour la réserve de sécurité, le compte à terme est l’outil de base. Vous bloquez une somme auprès de votre banque pour une durée fixée à l’avance, à un taux connu dès la souscription. Le capital ne dépend pas des marchés. En contrepartie, l’argent reste bloqué jusqu’à l’échéance : une sortie anticipée réduit ou supprime les intérêts, selon les conditions du contrat. D’où l’intérêt d’échelonner les échéances, pour qu’une partie de la réserve se libère régulièrement.
À l’impôt sur les sociétés, ces intérêts sont imposés au fur et à mesure qu’ils courent, même s’ils ne sont versés qu’à l’échéance (BOFiP, BOI-BIC-PDSTK-10-20-30, 9 janvier 2013). Un point souvent oublié : la protection des dépôts bancaires, gérée par le FGDR, couvre aussi les entreprises. Elle joue jusqu’à 100 000 € par déposant et par banque, comptes à terme compris (economie.gouv.fr, 21 janvier 2026). Au-delà de ce montant, répartir la réserve entre deux établissements a du sens.
Pour l’excédent structurel, le contrat de capitalisation est l’enveloppe que nous utilisons le plus. C’est le jumeau de l’assurance-vie, ouvert aux sociétés soumises à l’impôt sur les sociétés. L’argent se répartit entre un fonds en euros, dont l’assureur protège le capital, et des unités de compte, des supports investis sur les marchés qui exposent à un risque de perte en capital. Les rachats, c’est-à-dire les retraits, restent possibles à tout moment. L’argent n’est pas bloqué, mais il se pense sur cinq à dix ans, le temps d’amortir les frais.
Sa fiscalité est particulière. Chaque année, la société ajoute à son résultat imposable un gain calculé de façon forfaitaire, qu’elle ait encaissé quelque chose ou non (article 238 septies E du code général des impôts). Il se calcule à partir du taux mensuel des emprunts d’État à long terme, le TME, connu lors de la souscription. Pour un contrat investi en unités de compte, dont la valeur de remboursement n’est pas connue d’avance, le taux retenu est de 105 % de ce TME. Le TME de septembre 2026 publié par la Banque de France s’établit à 4,488 %. Au rachat, les sommes déjà imposées viennent en déduction du gain : la société ne paie pas deux fois (BOFiP, BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-20, 20 octobre 2014).
Deuxième voie pour l’excédent structurel, des parts de SCPI détenues par la société. Une SCPI est une société qui achète et gère de l’immobilier locatif pour le compte de ses associés. Votre société ne déclare pas de revenus fonciers : sa quote-part des bénéfices de la SCPI est soumise à l’impôt sur les sociétés (article 239 septies du code général des impôts). Les frais d’entrée sont élevés, la revente peut prendre des mois, et le capital suit le marché immobilier, à la baisse comme à la hausse. Nous raisonnons sur dix ans au moins. Notre page consacrée aux SCPI détaille ces frais.
Troisième voie, faire remonter la trésorerie dans une holding, c’est-à-dire une société qui détient les titres de votre société d’exploitation. Sous le régime dit mère-fille, quand la holding détient au moins 5 % du capital et conserve ces titres deux ans, les dividendes qu’elle reçoit sont exonérés à 95 %. Seule une quote-part de frais et charges de 5 % reste imposable (articles 145 et 216 du code général des impôts ; service-public.gouv.fr, 21 février 2026). L’argent change de société, pas de propriétaire : il reste hors de votre patrimoine privé. Notre page consacrée à la holding patrimoniale décrit ses coûts et ses limites.
Reste l’arbitrage qui précède tout placement : vous rémunérer, vous verser des dividendes ou laisser la trésorerie dans la société.
La rémunération est une charge de la société. Elle réduit le bénéfice soumis à l’impôt sur les sociétés, supporte des cotisations qui ouvrent des droits sociaux, puis l’impôt sur le revenu au barème.
Le dividende sort d’un bénéfice déjà imposé. Il supporte ensuite le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % : 12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux. Sur option, il passe au barème après un abattement de 40 % (service-public.gouv.fr, 21 février 2026). En principe, il n’ouvre pas de droits à la retraite.
La trésorerie laissée dans la société ne supporte que l’impôt sur les sociétés : 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice pour une PME qui remplit les conditions, 25 % au-delà (service-public.gouv.fr, 17 février 2026). Mais elle reste l’argent de la société. Le coût de sortie est reporté, pas supprimé.
Le point d’équilibre dépend d’abord de ce dont votre foyer a besoin pour vivre. Il se refait chaque année avec votre expert-comptable. Notre page consacrée aux indépendants détaille l’effet de ce choix sur votre retraite.
Comment nous choisissons
Nous ne partons jamais d’un produit. Nous partons d’une date : le moment où la société, ou vous, aurez besoin de chaque euro.
Premier critère, le cycle de votre activité. Une entreprise saisonnière, un bureau d’études payé à soixante jours et un négoce qui porte du stock n’ont pas le même besoin en fonds de roulement. Nous regardons la trésorerie mois par mois sur douze mois, pas seulement au 31 décembre, où elle est souvent flatteuse.
Deuxième critère, les projets datés. Un local à acheter dans dix-huit mois, un recrutement, une acquisition : ces sommes relèvent de la réserve, pas de l’excédent. Les placer à long terme obligerait à les retirer au mauvais moment.
Troisième critère, le propriétaire final de l’argent. Si vous en aurez besoin à titre personnel dans deux ou trois ans, la question n’est plus le placement, mais le calendrier de sortie. Si l’argent a vocation à rester, voire à être transmis avec l’entreprise, il se place depuis la société.
Quatrième critère, le coût fiscal annuel de chaque enveloppe. Le contrat de capitalisation est imposé sur un gain forfaitaire, même les années où il rapporte moins. Avec un TME à 4,488 % en septembre 2026, ce forfait peut dépasser ce qu’une allocation prudente produit réellement. Nous le chiffrons avant toute souscription.
Cinquième critère, la transmission. Le pacte Dutreil exonère de droits de donation ou de succession, sous conditions, 75 % de la valeur des titres transmis. Il vise les sociétés dont l’activité principale est industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale (article 787 B du code général des impôts). La loi de finances pour 2026 en a exclu certains biens dits somptuaires, comme les yachts ou les objets d’art, lorsqu’ils ne sont pas exclusivement affectés à l’activité. Elle n’a pas visé la trésorerie (BOFiP, BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10, 10 août 2026).
Le risque vient d’ailleurs. Le 28 mai 2026, la Cour de cassation (pourvoi n° 25-12.612) a confirmé la perte de l’exonération pour une société dont la trésorerie et les placements atteignaient 90 % de l’actif brut. Ces sommes n’étaient destinées ni à couvrir ses besoins, ni à développer son activité : la gestion patrimoniale était devenue son activité principale. L’arrêt porte sur l’ancien impôt de solidarité sur la fortune, mais il applique la même méthode du faisceau d’indices que celle retenue pour le pacte Dutreil. La Cour rappelle aussi qu’accumuler et faire fructifier les bénéfices non distribués ne crée pas, à soi seul, une activité distincte. Tout est affaire de proportion, et cela s’analyse au cas par cas avec votre avocat fiscaliste.
Un exemple chiffré
Prenons une hypothèse. Une société de services soumise à l’impôt sur les sociétés détient 400 000 € de trésorerie. Ses charges fixes atteignent 40 000 € par mois. Son bénéfice annuel dépasse déjà 42 500 € : ses derniers euros de bénéfice sont imposés à 25 %. Sa dirigeante se verse une rémunération qui couvre les besoins de son foyer.
Premier horizon, l’exploitation : trois mois de charges, soit 120 000 €, restent sur le compte courant.
Deuxième horizon, la réserve : 80 000 € vont sur deux comptes à terme de 40 000 €, à six et douze mois, dans deux banques différentes.
Troisième horizon, l’excédent structurel : 200 000 €, sans projet identifié avant cinq ans. Pour cette somme, deux chemins.
Premier chemin, distribuer ces 200 000 € aujourd’hui. Le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en prélève 62 800 €. Il reste 137 200 € à la dirigeante, à placer à titre personnel.
Second chemin, les garder dans la société, sur un contrat de capitalisation investi en partie en unités de compte et souscrit en octobre 2026. Le taux forfaitaire ressort à 4,7124 %, soit 105 % du TME de septembre 2026 (4,488 %). La première année, la société ajoute 9 425 € à son résultat imposable et paie 2 356 € d’impôt sur les sociétés à 25 %, sans avoir rien encaissé. L’année suivante, le calcul porte sur 209 425 € : la base grossit chaque année.
Le second chemin n’efface pas le premier. Le jour où ces sommes sortiront vers la dirigeante, le dividende supportera l’imposition en vigueur à cette date. Entre-temps, l’argent travaille dans la société, avec un impôt annuel à payer et, pour la part investie en unités de compte, un risque de perte en capital. Si le contrat rapporte moins que le forfait, l’écart ne se corrige qu’au rachat.
Simulation indicative, sur la base des règles en vigueur en septembre 2026.
Les erreurs que nous voyons le plus souvent
Placer toute la trésorerie au même horizon. Soit tout reste sur le compte courant, par prudence, et l’excédent ne produit rien pendant des années. Soit tout part sur un placement long, et la société doit racheter au mauvais moment pour payer une échéance de TVA ou d’impôt. Les deux erreurs ont la même cause : personne n’a daté les besoins.
Souscrire un contrat de capitalisation sans regarder le taux forfaitaire. Il est fixé à la souscription, d’après le TME du moment, puis s’applique chaque année. Le dirigeant qui découvre cet impôt au premier bilan découvre aussi qu’il paie sur un gain qu’il n’a pas encore. Ce chiffrage se fait avec l’expert-comptable, avant de signer.
Laisser grossir l’excédent sans lui donner de destination. Trois, cinq, huit ans passent, et la trésorerie finit par peser plus lourd que l’activité dans le bilan. Le jour d’une transmission avec pacte Dutreil, cette trésorerie doit se justifier. L’arrêt du 28 mai 2026 montre ce qu’il en coûte quand elle ne se justifie pas.
Ce que nous regardons en rendez-vous
Nous commençons par vos trois derniers bilans et votre prévisionnel : besoin en fonds de roulement, saisonnalité, échéances de TVA, d’impôt et de cotisations, investissements prévus. C’est ce qui fixe la taille de chaque horizon.
Ensuite la structure : forme de la société, répartition du capital, existence d’une holding, accès au taux réduit de 15 %, réserves distribuables.
Puis votre situation personnelle : rémunération, dividendes des trois derniers exercices, besoins du foyer, tranche marginale d’imposition. C’est elle qui dit ce qui doit sortir de la société et ce qui peut y rester.
Nous regardons aussi l’existant : conditions de sortie des comptes à terme, frais et répartition des contrats déjà souscrits par la société, date de souscription et donc taux forfaitaire retenu.
Enfin l’horizon de transmission ou de cession. S’il existe, nous mesurons le poids de la trésorerie dans l’actif, et nous en parlons avec votre expert-comptable et votre avocat fiscaliste. Nous coordonnons, nous ne rédigeons pas les actes.
Nous vous disons ce que nous facturons avant de commencer : des honoraires pour le conseil et des rétrocommissions sur certains contrats. Notre page consacrée au coût d’un conseiller en gestion de patrimoine en donne le détail.
Ce que nous décidons ensemble dépend de ces éléments. Un article ne peut pas le faire à votre place.
Les exemples chiffrés sont des hypothèses génériques. Le traitement fiscal dépend de la situation de chacun et peut être modifié par la loi. Simulation indicative. Ne constitue pas un conseil en investissement.
À retenir
Trois horizons, trois enveloppes : la trésorerie d’exploitation reste disponible, la réserve de sécurité va sur des comptes à terme échelonnés, et seul l’excédent structurel se place à cinq ans et plus.
Détenu par une société à l’impôt sur les sociétés, un contrat de capitalisation est imposé chaque année sur un gain forfaitaire, même sans rachat. En unités de compte, ce gain se calcule à 105 % du TME connu à la souscription, qui s’établit à 4,488 % en septembre 2026 (article 238 septies E du CGI).
Distribuer coûte 31,4 % de prélèvement forfaitaire unique en 2026. Garder la trésorerie dans la société reporte ce coût sans le supprimer, et une trésorerie sans lien avec l’activité peut fragiliser un pacte Dutreil.
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Questions fréquentes
Vos questions fréquentes
Commencez par la dater. L'argent utile dans les douze prochains mois reste disponible ou va sur des comptes à terme. L'excédent dont la société n'aura pas l'usage avant cinq ans peut aller sur un contrat de capitalisation souscrit par la société, voire en partie en parts de SCPI, avec un risque de perte en capital. L'argent dont vous aurez besoin personnellement se sort, en rémunération ou en dividendes.
Le compte à terme sert les horizons de quelques mois à deux ans : taux connu à l'avance, capital stable, argent bloqué jusqu'à l'échéance. Le contrat de capitalisation se pense sur cinq à dix ans : rachats possibles à tout moment, mais frais à amortir et risque de perte sur les unités de compte. La SCPI demande dix ans au moins : frais d'entrée élevés, revente parfois longue, risque de perte en capital.
Les intérêts d'un compte à terme entrent dans le résultat au fur et à mesure qu'ils courent. Un contrat de capitalisation en unités de compte ajoute chaque année au résultat un gain forfaitaire, calculé à 105 % du TME connu à la souscription. La quote-part de bénéfices d'une SCPI est soumise à l'impôt sur les sociétés (IS). Le taux est de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice pour les PME éligibles, et de 25 % au-delà.
Pas toujours. Sous le régime mère-fille, un dividende versé par votre société à votre holding n'est imposé que sur une quote-part de 5 %, soit 1,25 % du dividende au taux de 25 %. L'argent peut ensuite être réinvesti depuis la holding. Mais il reste hors de votre patrimoine privé, la holding coûte chaque année, et une trésorerie sans lien avec le groupe ne compte pas pour la qualifier d'animatrice.
Elle peut. La loi de finances pour 2026 a exclu certains biens dits somptuaires, pas la trésorerie. Mais une trésorerie disproportionnée, sans lien avec les besoins de l'activité, peut faire de la gestion patrimoniale l'activité principale de la société, ce qui ferme l'exonération. La Cour de cassation l'a admis le 28 mai 2026, pour une trésorerie et des placements atteignant 90 % de l'actif brut. Chaque dossier s'analyse avec votre avocat fiscaliste.

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