
Transmission
La holding patrimoniale n’est pas pour tout le monde
Une holding patrimoniale est une société que vous créez pour détenir vos participations et vos placements. Les dividendes remontés de vos filiales y sont presque exonérés, ce qui laisse plus d'argent à réinvestir. Elle sert aussi à préparer une cession et une transmission. Elle se justifie par un projet, pas par la fiscalité seule.
Le mécanisme
Une holding est une société dont l’objet est de détenir les titres d’autres sociétés. On la dit patrimoniale quand elle sert un dirigeant et sa famille, pour loger des participations, une trésorerie et des placements, plutôt qu’une activité d’exploitation.
C’est presque toujours une société par actions simplifiée ou une société à responsabilité limitée, à l’impôt sur les sociétés. Elle se constitue de deux façons. Par apport : vous transférez à la holding les titres de votre société d’exploitation et vous recevez en échange des titres de la holding. Par rachat : la holding achète les titres, souvent avec un emprunt qu’elle rembourse grâce aux dividendes reçus.
Le premier ressort est la remontée de dividendes. Un dividende est la part du bénéfice qu’une société distribue à ses associés. Quand une société mère détient au moins 5 % du capital d’une filiale et conserve ces titres deux ans, elle peut opter pour le régime dit mère-fille. Les dividendes reçus sont alors retranchés de son résultat imposable, sauf une quote-part de frais et charges de 5 % (articles 145 et 216 du code général des impôts).
Prenons une hypothèse. Votre société d’exploitation distribue 200 000 € à votre holding. Celle-ci réintègre 10 000 € dans son résultat. À 25 % d’impôt sur les sociétés, elle paie 2 500 €, soit 1,25 % du dividende, et conserve 197 500 € pour investir. Les mêmes 200 000 € versés sur votre compte personnel supportent le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % depuis le 1er janvier 2026, soit 62 800 €, et il vous reste 137 200 €. Simulation indicative, sur la base des règles en vigueur en septembre 2026.
L’écart saute aux yeux, et c’est là que naît le malentendu. Ces 197 500 € sont à la holding, pas à vous. Le jour où vous les sortez pour un usage personnel, vous payez l’impôt différé. La holding ne supprime pas votre fiscalité de dirigeant, elle la reporte.

Le deuxième ressort est la cession. Quand une holding vend des titres de participation détenus depuis au moins deux ans, la plus-value est imposée séparément au taux de 0 %, seule une quote-part de 12 % rejoignant le résultat taxable (article 219 du CGI).
Le troisième ressort est la transmission. Donner des titres de holding est plus souple que donner un immeuble : les statuts organisent le pouvoir, et vous pouvez donner la nue-propriété des titres en gardant l’usufruit, donc les dividendes.
Pour qui, pour quoi
Trois situations que nous rencontrons régulièrement.
Un dirigeant de 54 ans qui prévoit de vendre sa société dans deux ou trois ans. S’il vend en direct, il réinvestit ce qui reste après impôt. S’il apporte d’abord ses titres à une holding qu’il contrôle, l’imposition de sa plus-value d’apport est mise en report, et c’est la holding qui vend. Le prix entier alimente le projet suivant, sous les conditions strictes de l’article 150-0 B ter.
Un dirigeant de 45 ans dont la société accumule une trésorerie dont elle n’a pas l’usage. Il n’en a pas besoin pour vivre. Il fait remonter les dividendes vers une holding et investit depuis elle : titres cotés, immobilier logé dans une filiale, fonds de capital-investissement. L’exploitation reste protégée, l’argent travaille ailleurs.
Une famille dont l’entreprise pèse l’essentiel du patrimoine et qui prépare la génération suivante. La holding réunit les titres, fixe les règles dans les statuts et permet de donner par tranches, avec réserve d’usufruit. Si elle anime réellement son groupe, elle ouvre l’accès au pacte Dutreil.
À l’inverse, un indépendant qui sort chaque année l’essentiel de son bénéfice pour vivre n’a rien à gagner à une holding : elle ajoute des honoraires et des obligations, sans rien loger dedans.
Avantages
La remontée de dividendes à faible coût : sous le régime mère-fille, un dividende reçu d’une filiale détenue à 5 % au moins depuis deux ans n’est taxé que sur une quote-part de 5 %, soit 1,25 % du dividende à 25 % d’impôt sur les sociétés. Presque tout reste disponible pour investir.
La cession préparée : une plus-value sur titres de participation détenus depuis deux ans est imposée au taux de 0 %, seule une quote-part de 12 % rejoignant le résultat imposable. Et l’apport préalable des titres met en report l’imposition de votre plus-value personnelle.
La concentration des actifs : un seul véhicule détient les participations, l’immobilier professionnel et les placements de long terme. Il peut emprunter et rembourser avec les dividendes de ses filiales, sans mobiliser votre épargne.
La transmission organisée : vous donnez des titres par tranches, vous gardez l’usufruit et le pouvoir défini par les statuts. Une holding animatrice ouvre le pacte Dutreil, ce qu’une holding passive ne permet pas.
Inconvénients
Le coût et le formalisme : comptabilité annuelle, assemblée, dépôt des comptes, évaluation des titres apportés par un commissaire aux apports, honoraires d’avocat et d’expert-comptable. Ces frais reviennent chaque année, y compris celles où la holding ne fait rien.
L’argent qui reste dans la société : la trésorerie remontée sert le projet de la holding, pas votre train de vie. Pour l’utiliser à titre privé, vous vous versez une rémunération ou un dividende, et vous payez les charges ou l’impôt correspondants. Le gain n’est qu’un report.
La rigidité : une holding se défait mal. La dissolution a un coût, elle peut faire ressortir des plus-values, et un report d’imposition suit vos titres pendant des années.
Le risque de requalification : une holding présentée comme animatrice sans preuve perd le pacte Dutreil et l’exonération d’impôt sur la fortune immobilière. Un montage à motif principalement fiscal peut être écarté, et un réinvestissement non conforme fait tomber le report de l’apport-cession.
Fiscalité
Cadre en vigueur au 17 septembre 2026. Sources : service-public.gouv.fr, fiche sur l’impôt sur les sociétés (17 février 2026) et actualité sur la loi de finances pour 2026 (27 février 2026) ; impots.gouv.fr, actualité sur le chiffre d’affaires retenu pour le taux réduit (14 avril 2026) ; BOFiP BOI-IS-BASE-10-10-10 du 12 septembre 2012, BOI-IS-BASE-20-20-10-20 du 3 février 2016, BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60-20 du 18 août 2025, BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10 et ACTU-2026-00114 du 10 août 2026, BOI-PAT-IFI-20-20-20-10 et BOI-PAT-IFI-30-10-40 du 8 juin 2018, BOI-CF-IOR-30-20 du 31 janvier 2020 ; articles 145, 216, 219, 150-0 B ter, 787 B, 965 et 975 du CGI ; article L. 64 A du livre des procédures fiscales.
Impôt sur les sociétés : le taux normal est de 25 %. Un taux réduit de 15 % s’applique au bénéfice jusqu’à 42 500 €, pour les sociétés dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas 10 millions d’euros et dont le capital, entièrement libéré, est détenu à 75 % au moins par des personnes physiques. Pour une société d’un groupe, ce chiffre d’affaires s’apprécie au niveau du groupe entier, intégré fiscalement ou non (impots.gouv.fr, 14 avril 2026) : une holding fait donc souvent perdre le taux réduit à ses filiales.
Régime mère-fille (articles 145 et 216 du CGI) : la société mère détient au moins 5 % du capital de sa filiale et conserve les titres pendant deux ans. Les dividendes reçus sont retranchés de son résultat imposable, sauf une quote-part de frais et charges égale à 5 % des produits, crédit d’impôt compris.

Plus-values de cession de titres de participation (article 219 du CGI) : pour des titres détenus depuis au moins deux ans, la plus-value nette à long terme est imposée séparément au taux de 0 %, une quote-part de frais et charges de 12 % de son montant brut étant réintégrée au résultat et taxée au taux normal. Sur une plus-value de 1 000 000 €, l’impôt ressort ainsi à 30 000 €. Simulation indicative, sur la base des règles en vigueur en septembre 2026.
Apport-cession (article 150-0 B ter du CGI) : l’apport de titres à une société que vous contrôlez met en report de plein droit l’imposition de la plus-value d’apport. Si la holding revend ces titres dans les trois ans de l’apport, le report n’est maintenu que si elle réinvestit au moins 70 % du produit de cession, net des frais, dans les trois ans qui suivent la vente. Ce seuil de 70 % et ce délai de trois ans s’appliquent aux cessions réalisées à compter du 21 février 2026, contre 60 % en deux ans auparavant (BOFiP BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60-20, 27 août 2026). Au-delà de trois ans, la revente est sans effet sur le report. Les emplois éligibles sont limités : financer des moyens permanents affectés à une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale, agricole ou financière ; acquérir le contrôle d’une société éligible ou souscrire à son capital ; souscrire des parts de fonds de capital-investissement (FCPR, FPCI, SLP ou SCR) respectant un quota de 75 % de titres éligibles. Ces biens se conservent douze mois au moins, et cinq ans pour les parts de fonds (BOFiP, 18 août 2025).
Pacte Dutreil (article 787 B du CGI) : la transmission par donation ou par décès de titres d’une société opérationnelle est exonérée de droits de mutation à hauteur de 75 %. Elle suppose un engagement collectif de conservation d’au moins deux ans, en cours au jour de la transmission, portant sur 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote d’une société non cotée, puis un engagement individuel de six ans, contre quatre ans auparavant, pour les transmissions intervenues depuis le 21 février 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 8). Un signataire ou un héritier exerce une fonction de direction pendant l’engagement collectif et les trois ans qui suivent la transmission. Une holding animatrice est éligible, une holding passive ne l’est pas, et deux niveaux d’interposition au plus sont admis. Les biens dits somptuaires non affectés à l’activité sont désormais exclus (BOFiP, 10 août 2026).

Impôt sur la fortune immobilière : les parts de société sont imposables à hauteur de la fraction de leur valeur représentative d’immeubles (article 965 du CGI), les immeubles affectés à l’activité opérationnelle étant exclus. Les parts d’une holding animatrice peuvent être exonérées au titre des actifs professionnels si vous y exercez une fonction de direction effective, normalement rémunérée et représentant plus de la moitié de vos revenus professionnels, et si vous détenez 25 % au moins des droits de vote ou une participation supérieure à la moitié de votre patrimoine (article 975 du CGI).
Abus de droit (article L. 64 A du livre des procédures fiscales) : l’administration peut écarter un acte qui recherche une application littérale des textes contre l’intention de leurs auteurs, dans un but principalement fiscal. Le texte vise les actes passés depuis le 1er janvier 2020. Il n’emporte pas de majoration automatique, mais 40 % pour manquement délibéré ou 80 % pour manœuvres frauduleuses restent possibles, à charge pour l’administration de les justifier (BOFiP, 31 janvier 2020).
Loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) : elle n’a pas créé d’imposition spécifique des holdings patrimoniales, et ce qu’elle change pour elles se limite au durcissement du pacte Dutreil décrit ci-dessus (service-public.gouv.fr, 27 février 2026). Pour le dirigeant, un dividende encaissé à titre personnel reste soumis au prélèvement forfaitaire unique, porté à 31,4 % depuis le 1er janvier 2026.
Les erreurs fréquentes
Apporter les titres trop tard. L’apport doit précéder la négociation de la vente, pas la suivre. Quand la lettre d’intention est signée et le prix arrêté, le report de l’article 150-0 B ter devient discutable. Ce calendrier se construit un à deux ans avant la cession, avec un avocat fiscaliste.
Se dire animatrice sans le prouver. Beaucoup de holdings se déclarent animatrices au motif que le dirigeant est aussi celui des filiales. L’animation se prouve : convention de prestations réellement exécutée et facturée, moyens humains, procès-verbaux montrant la conduite de la politique du groupe. Sans ces pièces, le pacte Dutreil et l’exonération d’impôt sur la fortune immobilière tombent au premier contrôle.
Traiter le réinvestissement comme une formalité. Les trois ans passent vite, le seuil de 70 % se calcule sur le produit de cession et non sur la plus-value, et la liste des emplois éligibles est limitative : la gestion d’un patrimoine immobilier, la location meublée et la construction en vue de la vente en sont exclues.
Sur la table en rendez-vous
Nous commençons par le projet, jamais par la structure. Vendre, réinvestir, transmettre, préparer votre retraite : ces objectifs n’appellent pas la même réponse, et certains ne réclament aucune holding.
Ensuite l’existant : forme de votre société, répartition du capital, pacte d’associés, statuts, trésorerie disponible et trésorerie d’exploitation. Nous regardons aussi votre rémunération, vos dividendes récents et votre tranche marginale d’imposition, car c’est cet écart qui chiffre l’intérêt d’une remontée.
Si une cession est en vue, nous posons le calendrier : date probable, prix envisagé, délai de trois ans après l’apport, seuil de 70 %, échéance des trois ans de réinvestissement, et nature des emplois que vous acceptez de financer. Un dirigeant qui ne veut pas réinvestir n’a pas besoin d’un apport-cession.
Si la transmission est le sujet, nous regardons l’âge des enfants, leur implication, l’existence d’un engagement collectif, la réalité de l’animation et la durée d’engagement, désormais de six ans à titre individuel. Nous chiffrons les droits avec et sans pacte Dutreil.
Enfin les coûts réels et les rôles : constitution, commissaire aux apports, comptabilité, honoraires récurrents, et la répartition entre votre expert-comptable, votre avocat fiscaliste et votre notaire. Nous coordonnons, nous ne rédigeons pas les actes.
Ce que nous décidons ensemble dépend de ces éléments. Un article ne peut pas le faire à votre place.
Les exemples chiffrés sont des hypothèses génériques. Simulation indicative. Ne constitue pas un conseil en investissement.
À retenir
La holding détient vos participations et vos placements : sous le régime mère-fille, un dividende de filiale n’est taxé que sur une quote-part de 5 %, soit 1,25 % au taux d’impôt sur les sociétés de 25 % (articles 145 et 216 du CGI).
Elle prépare une cession (plus-value de titres de participation à 0 %, quote-part de 12 %, report de l’article 150-0 B ter avec 60 % à réinvestir en deux ans) et une transmission (pacte Dutreil, engagement individuel porté à six ans depuis le 21 février 2026).
Son prix : des frais annuels, de l’argent qui reste dans la société, une structure difficile à défaire, et un risque de requalification si l’animation ou le réinvestissement ne sont pas réels.
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Questions fréquentes
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C'est une société, le plus souvent une SAS ou une SARL soumise à l'impôt sur les sociétés, créée pour détenir les titres de vos sociétés, votre immobilier professionnel et vos placements de long terme. Elle sert à faire remonter des dividendes faiblement taxés, à réinvestir depuis la société, à préparer une cession et à organiser la transmission familiale dans les statuts.
Une holding passive se borne à détenir des titres et à encaisser des dividendes. Une holding animatrice conduit la politique de son groupe et rend des services administratifs, juridiques, financiers ou immobiliers à ses filiales. Cette différence décide de l'accès au pacte Dutreil et à l'exonération d'impôt sur la fortune immobilière au titre des actifs professionnels. L'animation se prouve par des faits, pas par les statuts.
Vous apportez vos titres à une holding que vous contrôlez : l'imposition de la plus-value d'apport est mise en report. Si la holding revend ces titres dans les trois ans de l'apport, le report n'est maintenu que si elle réinvestit au moins 60 % du produit de cession dans les deux ans, dans des emplois limitativement énumérés. Au-delà de trois ans, la revente est sans effet.
Elle coûte à la création (rédaction des statuts, commissaire aux apports, greffe) puis chaque année (comptabilité, assemblée, dépôt des comptes, honoraires). Elle immobilise l'argent : la trésorerie remontée appartient à la société, pas à vous. Elle se défait difficilement. Enfin, une animation non prouvée ou un réinvestissement non conforme peut être remis en cause par l'administration fiscale.
La loi de finances pour 2026 n'a pas créé d'imposition spécifique des holdings patrimoniales. Elles restent soumises à l'impôt sur les sociétés de droit commun, au taux de 25 %. Ce qui change les concerne indirectement : le pacte Dutreil est durci, avec un engagement individuel de conservation de six ans et l'exclusion des biens somptuaires pour les transmissions depuis le 21 février 2026.

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