Deux sphères identiques posées l'une sur l'autre

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Contrat de capitalisation, l’atout méconnu

Le contrat de capitalisation est le jumeau de l'assurance-vie pour l'épargne : mêmes supports, mêmes rachats, même fiscalité des gains. Deux différences le définissent. Il se donne et se démembre de votre vivant, en gardant sa date d'ouverture. Une société ou une association peut le souscrire. Mais au décès, il entre dans la succession.

Le mécanisme

Le contrat de capitalisation ressemble à s’y méprendre à une assurance-vie. Vous signez avec un assureur, vous versez librement, et vous répartissez votre argent entre un fonds en euros, dont le capital est protégé, et des unités de compte, qui suivent les marchés et exposent à une perte en capital.

Les rachats fonctionnent de la même façon. Un rachat est un retrait, partiel ou total, possible à tout moment. Seule la part de gains contenue dans le retrait est imposée, jamais le capital versé. Après huit ans, un abattement annuel s’applique sur ces gains. Notre page assurance-vie détaille ce calcul pas à pas, avec un exemple chiffré.

La différence tient en un mot : l’assuré. Une assurance-vie repose sur la tête d’un assuré et se dénoue à son décès, au profit des bénéficiaires que vous avez désignés. Un contrat de capitalisation n’a ni assuré, ni clause bénéficiaire. Ce n’est pas une opération d’assurance en cas de décès. C’est un bien, qui vous appartient comme un appartement ou un portefeuille de titres.

Trois conséquences en découlent, et elles font tout l’intérêt de l’enveloppe.

Ce bien se donne. Vous transmettez le contrat de votre vivant, en pleine propriété ou en nue-propriété, sans le fermer. Celui qui le reçoit reprend le contrat tel quel, avec sa date de souscription.

Ce bien se démembre. L’usufruit, qui donne le droit d’utiliser le bien et d’en percevoir les fruits, peut être séparé de la nue-propriété, qui donne le droit d’en disposer.

Ce bien peut appartenir à une personne morale. Une société soumise à l’impôt sur les sociétés, une société civile ou une association peuvent en souscrire un, ce qu’une assurance-vie ne permet pas.

Schéma : une imposition dictée par le statut de la société. La personne morale qui détient le contrat de capitalisation relève de deux régimes possibles. Société à l'impôt sur le revenu, société civile, SCI, SARL de famille ou EURL sans option : principe de transparence, le contrat est imposé comme s'il appartenait à une personne physique, au moment des rachats seulement. Société à l'impôt sur les sociétés, holding, SAS, SARL, association ou fondation : assiette forfaitaire, la société ajoute chaque année à son résultat un produit calculé sur un taux fixé à la souscription, sans attendre le moindre retrait.

Prenons une hypothèse. Un contrat ouvert il y a dix ans, alimenté de 150 000 €, vaut aujourd’hui 200 000 €. Vous le donnez à votre fille. Les droits de donation se calculent sur la valeur du contrat au jour de l’acte, soit 200 000 €. Ensuite, pour l’impôt sur le revenu, le prix d’acquisition retenu chez elle est cette même valeur de 200 000 €. Les 50 000 € de gains accumulés avant la donation ne seront donc jamais imposés à l’impôt sur le revenu. Si elle rachète dans cinq ans, seuls les gains produits depuis la donation seront fiscalisés. Simulation indicative, sur la base des règles en vigueur en septembre 2026.

Pour qui, pour quoi

Trois situations que nous rencontrons régulièrement.

Un couple de 74 ans, qui a rempli ses assurances-vie avant 70 ans et ne souhaite plus verser dessus. Le contrat de capitalisation prend le relais pour la part d’épargne qu’ils comptent donner de leur vivant, par tranches, en utilisant les abattements de donation qui se renouvellent.

Un dirigeant de PME dont la société conserve depuis trois ans une trésorerie stable, très au-delà de ce dont l’exploitation a besoin. Le contrat de capitalisation accueille cet excédent sur un horizon de cinq à dix ans, sans le bloquer, à condition d’avoir anticipé son imposition annuelle avec l’expert-comptable.

Une mère de 68 ans qui veut transmettre sans perdre la main sur son épargne. Elle donne la nue-propriété du contrat à ses deux enfants et conserve l’usufruit. Elle continue de piloter les supports et de retirer de l’argent dans le cadre fixé par la convention signée avec eux. À son décès, les enfants retrouvent la pleine propriété.

Avantages

La transmission du vivant : le contrat se donne comme un bien ordinaire, en pleine propriété ou en nue-propriété, et sa valeur est arrêtée au jour de la donation pour le calcul des droits. Tout ce qu’il produira ensuite échappe à cette base.

La purge des gains passés : après une donation ou une succession, le prix d’acquisition retenu chez celui qui reçoit le contrat est la valeur vénale retenue pour les droits de mutation à titre gratuit. Les gains antérieurs ne seront jamais imposés à l’impôt sur le revenu.

L’antériorité conservée : l’abattement annuel de 4 600 € ou 9 200 € s’apprécie sur la durée du contrat, comptée depuis sa souscription. Un contrat de douze ans transmis à un enfant reste un contrat de douze ans, avec le taux réduit qui va avec.

L’accès des personnes morales : une société à l’impôt sur les sociétés, une société civile ou une association peut détenir un contrat de capitalisation et y placer une trésorerie longue. C’est le principal usage que nous en voyons chez les dirigeants de PME.

Inconvénients

Aucun avantage au décès : le contrat n’est pas dénoué, il entre dans la succession pour sa valeur de rachat et supporte les droits selon le lien de parenté. Les abattements de 152 500 € et de 30 500 € propres à l’assurance-vie ne s’appliquent pas.

Aucune clause bénéficiaire : vous ne pouvez pas désigner librement qui recevra le capital en dehors de la succession. La répartition suit les règles civiles, réserve des héritiers comprise. Pour protéger un conjoint, un partenaire de PACS ou un tiers, ce n’est pas l’outil.

Une offre plus étroite et des frais à surveiller : les contrats de capitalisation sont bien moins nombreux que les assurances-vie, et ceux destinés aux personnes morales appliquent souvent des frais d’entrée et de gestion plus élevés, pour un choix de supports plus court.

Une imposition annuelle pour la société à l’impôt sur les sociétés : elle paie chaque année sur une fraction calculée de façon forfaitaire, sans avoir encaissé le moindre euro. C’est un décalage de trésorerie, et une ligne de plus à suivre en comptabilité.

Fiscalité

Cadre en vigueur au 17 septembre 2026.

Les rachats suivent exactement le régime de l’assurance-vie, au titre du même article 125-0 A du code général des impôts. Pour les versements effectués depuis le 27 septembre 2017 et un retrait avant huit ans, les gains supportent le prélèvement forfaitaire unique de 12,8 %, plus 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 30 %. Après huit ans de contrat, un abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple soumis à imposition commune s’applique sur les gains. Au-delà, le taux est de 7,5 % sur les gains issus des 150 000 premiers euros versés, et de 12,8 % au-delà. Le taux des prélèvements sociaux reste fixé à 17,2 % en 2026 pour les produits des contrats d’assurance-vie et de capitalisation. Sources : BOFiP, BOI-RPPM-RCM-20-10-20-50, paragraphe 230, publié le 30 juin 2022 ; impots.gouv.fr, page « L’assurance-vie et le PEA », modifiée le 8 avril 2026.

Schéma : l'avantage du temps pour une société à l'impôt sur le revenu. Avant huit ans, les gains compris dans un rachat supportent 30 %, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. Tant que rien ne sort, rien n'est imposé. Après huit ans, le taux descend à 24,7 %, soit 7,5 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, pour les primes versées inférieures à 150 000 €. S'y ajoute un abattement annuel sur les gains de 4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple.

Au décès, tout change. Les articles 990 I et 757 B du code général des impôts ne visent que les sommes dues par un organisme d’assurance à raison du décès de l’assuré (BOFiP, BOI-TCAS-AUT-60, paragraphe 1, publié le 30 mars 2023). Un contrat de capitalisation n’a pas d’assuré : il n’est pas dénoué par le décès. Il figure dans l’actif de la succession pour sa valeur de rachat et supporte les droits de succession dans les conditions de droit commun. L’héritier le conserve avec sa date d’ouverture, et le prix d’acquisition retenu ensuite pour son impôt sur le revenu est la valeur vénale retenue pour les droits de mutation à titre gratuit (BOI-RPPM-RCM-20-10-20-50, paragraphe 225).

La donation obéit à la même logique. Le contrat donné, en pleine propriété ou en nue-propriété, supporte les droits de donation sur sa valeur au jour de l’acte. Le donataire reprend le contrat avec son antériorité et avec un prix d’acquisition égal à cette valeur.

La société soumise à l’impôt sur les sociétés relève de l’article 238 septies E du code général des impôts. Ce texte vise les titres et contrats de capitalisation détenus par une entreprise et écarte ceux que les personnes physiques détiennent dans la gestion de leur patrimoine privé. La société rattache chaque année à son résultat imposable une fraction des produits, répartie de façon actuarielle, imposée au taux de droit commun. Quand la valeur de remboursement du contrat est aléatoire, ce qui est le cas d’un contrat investi en unités de compte, le taux retenu pour ce calcul est égal à 105 % du dernier taux mensuel des emprunts d’État à long terme connu lors de la souscription. Sources : BOFiP, BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-10, paragraphes 1 et 250, publié le 12 septembre 2012, et BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-20, paragraphes 1 et 230, publié le 20 octobre 2014. Les organismes sans but lucratif soumis à l’impôt sur les sociétés au titre du 5 de l’article 206 du même code suivent cette règle annuelle.

Schéma : l'intégration forfaitaire pour une société à l'impôt sur les sociétés. Le produit imposable chaque année se calcule ainsi : capital investi multiplié par 105 %, multiplié par le taux moyen d'emprunt d'État à la souscription. Quatre points : l'administration considère que le contrat rapporte ce montant chaque année quelle que soit sa valeur réelle ; le taux moyen d'emprunt d'État est un taux public, celui auquel l'État français emprunte à long terme ; le taux retenu est celui du jour de l'ouverture et ne bouge plus ensuite ; la société applique son taux d'impôt sur les sociétés habituel à ce seul produit, pas à la plus-value du contrat. Article 238 septies E du code général des impôts.
Schéma : la régularisation au rachat. Une balance compare l'impôt forfaitaire déjà payé au cours des années passées et l'impôt réellement dû sur le gain encaissé. Si le contrat a plus rapporté que prévu, la société verse un complément d'impôt sur les sociétés au moment du rachat. Si le contrat a moins rapporté que prévu, le trop-payé n'est pas remboursé en argent : il s'impute sur le résultat fiscal de l'exercice du rachat et réduit l'impôt sur les sociétés dû cette année-là.

L’impôt sur la fortune immobilière, l’IFI, s’invite aussi. Pour les contrats rachetables exprimés en unités de compte, la fraction de la valeur de rachat représentative d’actifs immobiliers imposables entre dans l’assiette (article 972 du code général des impôts ; BOFiP, BOI-PAT-IFI-20-20-30-30, paragraphe 200, publié le 8 juin 2018). Une part de société civile immobilière ou une unité de compte immobilière logée dans le contrat ne sort donc pas du champ de cet impôt.

Les erreurs fréquentes

Croire que le contrat de capitalisation transmet comme une assurance-vie. C’est l’erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. Ouvrir un contrat de capitalisation à 75 ans en pensant remplacer une assurance-vie devenue moins intéressante, c’est se tromper d’outil : le contrat sert à donner de son vivant, pas à transmettre au décès.

Donner le contrat sans écrire la convention de démembrement. Qui décide des arbitrages ? Qui peut racheter, et jusqu’à quel montant ? Que doit l’usufruitier au nu-propriétaire quand il retire de l’argent ? Sans réponse écrite et datée, la famille négocie ces points au pire moment, après le décès.

Souscrire dans une société sans en parler à l’expert-comptable. L’imposition annuelle surprend le dirigeant au premier bilan, d’autant qu’elle porte sur des gains qui n’ont pas été encaissés. Le traitement comptable et le calendrier de sortie se calent avant la souscription, jamais après.

Sur la table en rendez-vous

Nous commençons par la question qui tranche : voulez-vous transmettre de votre vivant, ou protéger quelqu’un à votre décès ? La première réponse mène au contrat de capitalisation, la seconde à l’assurance-vie. Chez la plupart de nos clients, les deux coexistent et se répartissent le travail.

Ensuite nous regardons votre âge et les versements déjà faits sur vos assurances-vie avant 70 ans, le calendrier de donations que vous pouvez réellement tenir, la liste de vos héritiers et la part qui leur revient de droit, la place de l’immobilier dans vos supports pour l’IFI, et les frais réels du contrat : frais d’entrée, frais de gestion, frais propres à chaque unité de compte.

Pour une société, nous regardons autre chose. L’horizon réel de la trésorerie, la part que l’exploitation peut immobiliser sans se fragiliser, l’effet de l’imposition annuelle sur le résultat et sur l’impôt à payer, le traitement comptable retenu avec votre expert-comptable, et le projet qui viendra un jour consommer cette réserve.

Ce que nous décidons ensemble dépend de ces éléments. Un article ne peut pas le faire à votre place.

Les exemples chiffrés sont des hypothèses génériques. Simulation indicative. Ne constitue pas un conseil en investissement.

À retenir

  • Mêmes supports et même fiscalité des rachats que l’assurance-vie : le détail du calcul est sur notre page assurance-vie.

  • Au décès, le contrat n’est pas dénoué : il entre dans la succession pour sa valeur de rachat, sans les abattements de 152 500 € et de 30 500 €.

  • Sa force est ailleurs : il se donne et se démembre de votre vivant, et une société ou une association peut le détenir.

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Questions fréquentes

Vos questions fréquentes

Les supports et la fiscalité des rachats sont identiques. La différence porte sur le décès et sur le souscripteur. L'assurance-vie se dénoue au décès de l'assuré et verse le capital aux bénéficiaires désignés, hors succession. Le contrat de capitalisation n'a pas d'assuré : il entre dans la succession pour sa valeur de rachat. En revanche, il se donne de votre vivant et une société peut le détenir.

Oui, et c'est son principal usage. Le contrat se donne comme un bien, en pleine propriété ou en nue-propriété, sans être fermé. Les droits de donation se calculent sur sa valeur au jour de l'acte. Celui qui le reçoit garde la date d'ouverture du contrat et repart avec un prix d'acquisition égal à cette valeur : les gains accumulés avant la donation ne seront pas imposés à l'impôt sur le revenu.

Il n'est pas dénoué. Il entre dans l'actif de la succession pour sa valeur de rachat et supporte les droits selon le lien de parenté, sans les abattements de 152 500 € et de 30 500 € réservés à l'assurance-vie. L'héritier peut le conserver tel quel, avec sa date d'ouverture, donc avec son antériorité fiscale, ou le racheter s'il préfère récupérer les fonds.

Oui. Une société à l'impôt sur les sociétés, une société civile ou une association peuvent en détenir un, ce qui en fait une solution de placement de trésorerie longue. Attention au régime propre aux sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés : une fraction des produits est rattachée chaque année au résultat imposable, même sans rachat. Ce point se prépare avec l'expert-comptable.

L'usufruit et la nue-propriété sont séparés. En pratique, un parent donne la nue-propriété à ses enfants et conserve l'usufruit, donc le pilotage et les revenus. Les droits de donation ne portent que sur la valeur de la nue-propriété. Au décès de l'usufruitier, les enfants retrouvent la pleine propriété. Tout dépend de la convention qui fixe qui arbitre, qui rachète et ce qui est dû au nu-propriétaire.

Yohan Bakaraly, conseiller en gestion de patrimoine, fondateur d'IPATRIM

Yohan Bakaraly

Yohan Bakaraly

Fondateur d’IPATRIM. Conseiller en investissements financiers, membre de la CNCGP. Courtier en assurance. ORIAS n° 25001236. Enseignant en Licence et Master à l’IFCV.

Fondateur d’IPATRIM. Conseiller en investissements financiers, membre de la CNCGP. Courtier en assurance. ORIAS n° 25001236. Enseignant en Licence et Master à l’IFCV.

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