Artisan au travail dans un atelier lumineux

Optimiser

Indépendants, votre retraite ne se fera pas seule

Un travailleur indépendant cotise peu pour sa retraite, se couvre mal en cas d'arrêt de travail, et laisse souvent dormir la trésorerie de sa société. Ces trois angles morts se traitent dans un ordre précis : d'abord la protection en cas de coup dur, ensuite la retraite, enfin le placement de l'excédent de trésorerie.

Le besoin

Vous êtes travailleur non salarié, ce que les textes appellent TNS : entrepreneur individuel, professionnel libéral, gérant majoritaire de SARL. Votre protection sociale n’a rien de commun avec celle d’un salarié. Personne ne vous l’a expliquée le jour de votre immatriculation.

Premier angle mort, la retraite obligatoire. Vos droits se construisent sur le revenu professionnel que vous déclarez, pas sur le chiffre d’affaires de votre société. Or beaucoup d’indépendants arbitrent chaque année vers une rémunération basse et des dividendes. Ce choix a un coût différé : moins de cotisations aujourd’hui, moins de pension demain. Et aucun employeur ne cotise à côté de vous.

Deuxième angle mort, l’arrêt de travail. Vous avez droit à des indemnités journalières, mais le filet est court. Pour un artisan ou un commerçant, l’indemnité vaut 1/730e du revenu d’activité annuel moyen des trois années précédentes, ce revenu étant retenu dans la limite du plafond annuel de la sécurité sociale, le PASS, fixé à 48 060 € pour 2026. Elle plafonne donc à 65,84 € bruts par jour au 1er janvier 2026, après trois jours de carence, et suppose douze mois d’affiliation continue. Pour un professionnel libéral, le revenu retenu est plafonné à trois fois le PASS, soit 144 180 €, l’indemnité plafonne à 197,51 € bruts par jour, la carence est aussi de trois jours, et l’arrêt indemnisé ne peut pas dépasser 90 jours (ameli.fr, pages mises à jour le 1er septembre 2026). Au-delà, sans contrat de prévoyance, il ne reste rien.

Troisième angle mort, la trésorerie. Votre société accumule un excédent dont l’exploitation n’a pas l’usage. Il dort sur un compte, et vous hésitez à le sortir parce que la sortie coûte : un dividende encaissé à titre personnel supporte le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % depuis le 1er janvier 2026.

Ces trois sujets n’en font qu’un : le même revenu les alimente, le même arbitrage de début d’année les décide.

Les leviers possibles

Le premier levier est le contrat de prévoyance. Il complète les indemnités journalières de la sécurité sociale, couvre l’invalidité et verse un capital à vos proches en cas de décès. C’est le seul levier qui protège le revenu que personne ne remplacera à votre place. Ses cotisations se déduisent de votre bénéfice imposable (article 154 bis du code général des impôts).

Le deuxième levier est le plan d’épargne retraite, le PER. Vos versements se déduisent de votre revenu imposable, et votre plafond de travailleur non salarié est plus large que celui d’un salarié. Il s’élève à 10 % du bénéfice imposable retenu dans la limite de huit fois le PASS, plus 15 % de la fraction de ce bénéfice comprise entre une et huit fois le PASS, soit au maximum 88 911 € pour 2026, avec un plancher de 4 806 € (article 154 bis du code général des impôts et notice 2041-GX d’impots.gouv.fr ; PASS 2026 fixé par l’arrêté du 22 décembre 2025, service-public.gouv.fr). En contrepartie, l’argent est bloqué jusqu’à la retraite, hors accidents de la vie et achat de la résidence principale, et l’impôt revient à la sortie. Notre page consacrée au PER détaille ce calcul pas à pas.

Le troisième levier est l’épargne personnelle disponible. L’assurance-vie reste l’enveloppe de base : versements libres, retraits possibles à tout moment, fiscalité allégée sur les gains après huit ans et transmission organisée par la clause bénéficiaire. Elle sert ce que le PER ne sert pas : les projets qui arrivent avant la retraite.

Le quatrième levier concerne la trésorerie qui reste dans la société. Un contrat de capitalisation peut être souscrit par une personne morale soumise à l’impôt sur les sociétés, avec une imposition annuelle forfaitaire à préparer avec votre expert-comptable. Des parts de SCPI, ces sociétés qui achètent et gèrent de l’immobilier locatif pour le compte de leurs associés, peuvent aussi être détenues par la société. Et quand plusieurs sociétés coexistent, une holding patrimoniale fait remonter leurs dividendes à faible coût pour les réinvestir. Nos pages sur le contrat de capitalisation, sur les SCPI et sur la holding patrimoniale décrivent ces outils et leurs limites.

Le cinquième levier est l’épargne salariale, que les indépendants oublient presque toujours. Dès que votre société emploie au moins un salarié en plus de vous, et jusqu’à 250 salariés, vous pouvez mettre en place un plan d’épargne entreprise, le PEE, et en bénéficier vous-même. Vous y versez, la société abonde. L’abondement est plafonné à trois fois votre propre versement, sans dépasser 8 % du plafond annuel de la sécurité sociale.

L’intérêt joue des deux côtés. Pour la société, l’abondement est une charge déductible, exonérée de cotisations sociales, et il échappe au forfait social, la contribution patronale assise sur ces sommes, en dessous de cinquante salariés. Pour vous, les sommes versées ne sont pas soumises à l’impôt sur le revenu, et les gains ne supportent à la sortie que les prélèvements sociaux. La contrepartie est un blocage de cinq ans, levé par une liste de cas de sortie anticipée, dont l’achat de la résidence principale. Ajouté au PER, c’est une seconde enveloppe qui transforme du résultat de société en épargne personnelle, avec un cadre bien plus favorable qu’un dividende.

Comment nous choisissons

L’ordre compte davantage que le produit. Nous commençons toujours par la protection, jamais par le placement.

Premier critère, le risque d’arrêt. Nous chiffrons ce que vous percevriez au quatre-vingt-dixième jour d’arrêt et ce que votre foyer dépense chaque mois. Tant que l’écart n’est pas couvert, ouvrir un PER revient à bloquer de l’argent que vous n’aurez peut-être pas le temps d’accumuler.

Deuxième critère, votre tranche marginale d’imposition, c’est-à-dire le taux appliqué à vos derniers euros de revenu. Le PER prend son sens quand elle est élevée aujourd’hui et qu’elle baissera à la retraite. À 11 %, l’économie d’impôt ne compense pas le blocage, et l’assurance-vie rend le même service en restant disponible.

Troisième critère, la frontière entre vous et votre société. L’argent dont vous aurez besoin pour vivre se place à titre personnel, après en avoir payé le coût de sortie. L’argent dont l’entreprise n’a pas l’usage et que vous ne comptez pas consommer se place depuis la société : l’imposition est reportée, mais ces sommes restent hors de votre patrimoine privé.

Quatrième critère, votre horizon. Un excédent qui financera un local dans dix-huit mois ne se place pas comme une réserve de long terme.

Nous ne raisonnons jamais produit par produit. Nous regardons ce que chaque euro doit faire, et à quelle date.

Un exemple chiffré

Prenons une hypothèse. Une consultante indépendante de 46 ans dégage un bénéfice imposable de 120 000 € en 2026. Sa tranche marginale d’imposition est de 41 %. Son plafond de déduction de travailleuse non salariée se calcule ainsi : 10 % de 120 000 €, soit 12 000 €, plus 15 % de la fraction comprise entre 48 060 € et 120 000 €, soit 15 % de 71 940 €, donc 10 791 €. Elle peut déduire jusqu’à 22 791 € cette année.

Elle verse 15 000 € sur son PER. Son bénéfice imposable descend à 105 000 €. L’économie d’impôt sur le revenu ressort à 6 150 €, soit 15 000 € multipliés par 41 %. Son effort réel est donc de 8 850 €, pour 15 000 € placés.

Le revers existe. À la retraite, la part correspondant aux versements déduits sera imposée au barème le jour du retrait, et les gains à 31,4 %. Le PER décale l’impôt, il ne l’efface pas. L’opération n’a d’intérêt que si sa tranche baisse, ou si elle étale ses retraits sur plusieurs années.

Et si elle n’a pas de contrat de prévoyance, un arrêt de six mois lui coûterait davantage que l’impôt économisé.

Simulation indicative, sur la base des règles en vigueur en septembre 2026.

Les erreurs fréquentes

Se verser des dividendes plutôt qu’une rémunération, sans mesurer ce que cela coûte. Les dividendes n’ouvrent aucun droit à la retraite ni aux indemnités journalières, puisque ce ne sont pas des revenus d’activité cotisés. Pour un gérant majoritaire de SARL, ils restent hors cotisations dans la seule limite de 10 % du capital social, des primes d’émission et des sommes versées en compte courant (service-public.gouv.fr, 26 avril 2024). Cet arbitrage se refait chaque année, avec votre expert-comptable, en chiffrant les droits perdus.

Ouvrir un PER avant d’avoir une prévoyance correcte. C’est l’ordre que nous rencontrons le plus souvent, et c’est l’inverse du bon. Un indépendant en arrêt long touche des indemnités plafonnées, pendant une durée limitée, et son PER reste bloqué. L’épargne qu’il a constituée ne l’aide pas au moment où il en aurait le plus besoin.

Laisser la trésorerie sur le compte de la société en attendant de savoir. Trois ans passent, l’excédent grossit, il ne produit rien, et le jour où le dirigeant veut le sortir il en découvre le coût. Placer une partie de cet excédent depuis la société, sur un horizon défini, se décide bien avant ce moment.

Sur la table en rendez-vous

Nous commençons par votre statut et votre revenu déclaré : entreprise individuelle ou société, régime social, répartition entre rémunération et dividendes sur les trois derniers exercices. C’est cette répartition qui explique la plupart des trous de droits.

Ensuite votre relevé de carrière, que vous récupérez sur info-retraite.fr : trimestres validés, régimes traversés, périodes de salariat antérieures, estimation de pension. Sans ce document, tout chiffrage de retraite reste une conversation en l’air.

Puis l’existant. Anciens contrats Madelin, ces contrats retraite et prévoyance réservés aux indépendants avant la loi Pacte de 2019, PER ouverts puis oubliés, prévoyance souscrite à la création de l’entreprise et jamais revue depuis, alors que votre revenu a doublé. Nous vérifions le montant des indemnités prévues, le délai de franchise, c’est-à-dire le nombre de jours d’arrêt avant le premier versement, les exclusions, et la définition de l’invalidité retenue, qui change tout pour une profession libérale.

Ensuite vos comptes de société : trésorerie disponible, trésorerie nécessaire à l’exploitation, compte courant d’associé, réserves distribuables. Nous séparons ce qui peut être immobilisé de ce qui doit rester mobilisable.

Enfin votre feuille d’impôt : tranche marginale, plafonds d’épargne retraite disponibles, les vôtres et ceux de votre conjoint, et le calendrier de vos revenus à venir, notamment une cession éventuelle.

Nous vous disons ce que nous facturons avant de commencer : des honoraires pour le conseil et des rétrocommissions sur certains contrats. Notre page consacrée au coût d’un conseiller en gestion de patrimoine en donne le détail chiffré.

Ce que nous décidons ensemble dépend de ces éléments. Un article ne peut pas le faire à votre place.

Les exemples chiffrés sont des hypothèses génériques. Simulation indicative. Ne constitue pas un conseil en investissement.

À retenir

  • La protection passe avant le placement : vos indemnités journalières plafonnent à 65,84 € bruts par jour pour un artisan ou un commerçant et à 197,51 € pour un professionnel libéral, après trois jours de carence (ameli.fr, 1er septembre 2026).

  • Votre plafond de déduction PER est propre aux travailleurs non salariés : 10 % du bénéfice imposable retenu dans la limite de huit fois le PASS, plus 15 % de la fraction comprise entre une et huit fois le PASS, soit au maximum 88 911 € pour 2026 (article 154 bis du CGI, PASS 2026 de 48 060 €).

  • La trésorerie qui dort dans la société ne devient un actif qu’une fois placée sur un horizon défini, depuis la société ou après en avoir payé le coût de sortie.

Une question sur ce sujet ?

Un premier rendez-vous de découverte, en visioconférence, sans engagement.

Questions fréquentes

Vos questions fréquentes

Elle se construit sur le revenu professionnel que vous déclarez et sur lequel vous cotisez, pas sur le chiffre d'affaires de votre société ni sur vos dividendes. Elle combine une retraite de base et une retraite complémentaire propre à votre activité. Votre relevé de carrière, sur info-retraite.fr, récapitule les trimestres validés et les points acquis, régime par régime. C'est le point de départ de tout chiffrage sérieux.

Un travailleur non salarié déduit ses versements à hauteur de 10 % de son bénéfice imposable, retenu dans la limite de huit fois le plafond annuel de la sécurité sociale, plus 15 % de la fraction de ce bénéfice comprise entre une et huit fois ce plafond. Avec un PASS de 48 060 € en 2026, le maximum atteint 88 911 € et le plancher 4 806 € (article 154 bis du CGI).

Parce qu'un arrêt de travail coupe votre revenu sans qu'aucun employeur ne le complète. Les indemnités de la sécurité sociale sont plafonnées, versées après trois jours de carence, et la durée totale de l'arrêt indemnisé ne dépasse pas 90 jours pour un professionnel libéral. Un patrimoine se construit sur un revenu. Tant que ce revenu n'est pas protégé, remplir un PER bloqué jusqu'à la retraite n'a pas de sens.

La rémunération supporte des cotisations et ouvre des droits : trimestres, points de retraite, indemnités journalières. Les dividendes n'en ouvrent aucun, sauf, pour un gérant majoritaire de SARL, la fraction qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes versées en compte courant, laquelle est soumise à cotisations (service-public.gouv.fr, 26 avril 2024). Un arbitrage trop favorable aux dividendes se paie à la retraite.

En sortant régulièrement une part de son revenu vers des enveloppes personnelles : assurance-vie pour l'épargne disponible, PER pour la retraite, immobilier locatif ou parts de SCPI pour des revenus complémentaires. Et en plaçant, depuis la société, la trésorerie dont l'exploitation n'a pas l'usage, par un contrat de capitalisation ou une holding patrimoniale. Vendre son entreprise ne doit jamais être le seul plan de retraite.

Yohan Bakaraly, conseiller en gestion de patrimoine, fondateur d'IPATRIM

Yohan Bakaraly

Yohan Bakaraly

Fondateur d’IPATRIM. Conseiller en investissements financiers, membre de la CNCGP. Courtier en assurance. ORIAS n° 25001236. Enseignant en Licence et Master à l’IFCV.

Fondateur d’IPATRIM. Conseiller en investissements financiers, membre de la CNCGP. Courtier en assurance. ORIAS n° 25001236. Enseignant en Licence et Master à l’IFCV.

Parlons de votre prochaine décision

Un premier rendez-vous de découverte, en visioconférence, sans engagement.