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Le Girardin industriel, comment ça marche et quels sont les risques ?

Le Girardin industriel est une réduction d'impôt sur le revenu accordée en échange d'un apport versé une fois et jamais remboursé, qui finance du matériel neuf loué à une entreprise d'outre-mer. La réduction dépasse l'apport, mais elle n'existe que si vous payez assez d'impôt et si l'opération tient cinq ans. Ce n'est pas un placement.

Le mécanisme

Le Girardin industriel est le nom courant de la réduction d’impôt prévue à l’article 199 undecies B du code général des impôts. Elle récompense un investissement productif neuf réalisé outre-mer : un engin de chantier, une machine industrielle, une installation solaire, utilisés par une entreprise locale pour produire.

Vous n’achetez pas ce matériel vous-même. Un monteur, c’est-à-dire une société spécialisée qui organise l’opération, crée une société en nom collectif (SNC). Vous en devenez associé en versant un apport. La SNC achète le matériel, le loue au moins cinq ans à l’entreprise ultramarine, l’exploitant, puis le lui revend.

Chaque associé reçoit une réduction d’impôt à proportion de ses droits dans la société. En contrepartie, la loi impose une rétrocession : 56 % ou 66 % de l’avantage fiscal doivent revenir à l’exploitant, sous forme de loyers plus bas et d’un prix de revente réduit. C’est la raison d’être du dispositif : permettre à une entreprise d’outre-mer de s’équiper moins cher.

Votre apport n’est jamais remboursé. Il finance cette rétrocession et les frais de l’opération. Au terme des cinq ans, vous quittez la société sans rien récupérer. Votre seule contrepartie est la réduction d’impôt, obtenue l’année où le matériel est mis en service, et visible sur l’avis d’imposition de l’été suivant.

Prenons une hypothèse. Un couple paie 20 000 € d’impôt au barème, c’est-à-dire l’impôt calculé par tranches sur ses revenus, sans autre réduction. En novembre, il apporte 10 000 € à une opération réalisée à La Réunion, avec une rétrocession de 56 %. Le matériel est mis en service avant le 31 décembre. L’opération lui ouvre 11 500 € de réduction. Son impôt de l’année passe de 20 000 € à 8 500 €.

L’écart de 1 500 € n’est pas un revenu. C’est un avantage fiscal, qui n’existe que parce que l’impôt était dû. En simplifiant, sur les 11 500 € de réduction, 56 %, soit 6 440 €, profitent à l’exploitant. Les 44 % restants, soit 5 060 €, paient l’organisation de l’opération (montage, financement, distribution) et laissent au couple ses 1 500 €. Ces 5 060 € sont aussi le montant retenu dans le plafonnement des niches fiscales, la limite annuelle des avantages fiscaux d’un foyer.

Si l’opération ne tient pas cinq ans, le calcul s’inverse. Matériel revendu avant terme ou opération jugée non éligible : l’administration reprend les 11 500 €, et les 10 000 € apportés sont perdus. Exploitant qui cesse son activité : la reprise est limitée aux trois quarts, soit 8 625 €, et la perte nette atteint 7 125 €. Si le matériel est reloué à une autre entreprise pour la durée restante, il n’y a pas de reprise. Pour 1 500 € d’écart espéré, 10 000 € sont exposés. Simulation indicative, sur la base des règles en vigueur en septembre 2026.

Pour qui, pour quoi

Trois situations où le Girardin industriel peut se discuter.

Un couple de cadres dirigeants de 52 ans, qui paie chaque année environ 25 000 € d’impôt au barème. Leurs revenus sont stables, leurs plafonds de PER déjà utilisés. Une opération de taille mesurée, qui absorbe une partie de leur impôt sans le dépasser, se justifie s’ils acceptent de ne jamais revoir l’apport.

Une dirigeante de 48 ans qui utilise déjà 10 000 € d’avantages fiscaux par an, entre l’emploi d’un salarié à domicile et des souscriptions au capital de PME. Le plafond ordinaire des niches est atteint. Les investissements outre-mer disposent d’une marge supplémentaire de 8 000 €, et la réduction Girardin n’y compte que pour 44 % : environ 18 000 € de réduction restent possibles, si son impôt au barème le permet.

Un chirurgien libéral de 56 ans dont l’impôt au barème dépasse 40 000 €. Plutôt qu’une seule opération, il en souscrit plusieurs, de tailles modestes, chez des monteurs différents et sur plusieurs territoires. Une reprise sur l’une d’elles ne remet pas en cause les autres.

À l’inverse, un dirigeant rémunéré surtout en dividendes, taxés au prélèvement forfaitaire unique (un taux fixe, hors barème), paie peu d’impôt au barème. Or la réduction ne s’impute que sur ce dernier. Même constat pour un foyer dont les revenus vont baisser : la réduction risque de dépasser l’impôt.

Avantages

Un versement unique : l’apport est payé une fois, la réduction apparaît sur l’avis d’imposition de l’été suivant. Aucun engagement d’épargne sur dix ans, aucun loyer à encaisser.

Un plafond plus large : les investissements outre-mer relèvent d’un plafond de 18 000 € au lieu de 10 000 €. La réduction n’y est retenue que pour 44 % ou 34 % de son montant. Le dispositif permet donc une réduction bien supérieure à celle des autres niches.

Aucune gestion : le monteur gère la société, le financement, la relation avec l’exploitant et les formalités. Vous reportez les montants qu’il vous transmet sur votre déclaration.

Un effet concret : votre apport équipe une entreprise ultramarine, qui paie son matériel moins cher grâce à la rétrocession.

Inconvénients

L’apport est perdu, dans tous les cas. Vous ne récupérez jamais la somme versée. Si votre impôt est insuffisant, l’excédent de réduction se reporte sur les cinq années suivantes, puis disparaît pour la part non utilisée. Il ne se constitue aucun capital.

Le risque de reprise dure cinq ans : exploitant défaillant, matériel revendu, condition non remplie. Dans notre hypothèse, 1 500 € d’écart exposent 10 000 €. Ce déséquilibre est dans la nature du dispositif.

La responsabilité d’associé : dans une SNC, chaque associé répond indéfiniment et solidairement des dettes de la société (article L. 221-1 du code de commerce). Les montages cherchent à neutraliser ce risque par contrat, encore faut-il le vérifier. Et vos parts ne se revendent pas avant cinq ans sans reprise de la réduction.

La dépendance au monteur : vous ne choisissez ni le matériel ni l’exploitant, et vous ne voyez pas les frais, logés dans l’écart entre réduction et apport. Tout repose sur la qualité de la sélection et sur l’assurance du montage, c’est-à-dire le contrat qui indemnise l’investisseur en cas de reprise.

Fiscalité

Cadre en vigueur au 30 septembre 2026. Sources : article 199 undecies B du code général des impôts (version en vigueur depuis le 1er janvier 2026) ; article 200-0 A du même code (version en vigueur depuis le 21 février 2026, issue de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026) ; article 95 S de l’annexe II au CGI ; article L. 221-1 du code de commerce ; BOFiP BOI-BIC-RICI-20-10-20-30, BOI-BIC-RICI-20-10-20-40 et BOI-BIC-RICI-20-10-20-50 (3 juillet 2024), BOI-IR-RICI-80-20-20 (8 juillet 2015) ; service-public.gouv.fr, fiche « En quoi consiste le plafonnement global des niches fiscales ? » (vérifiée le 1er janvier 2026) ; impots.gouv.fr, brochure pratique de l’impôt sur le revenu 2026 et déclaration n° 2042 IOM, millésime 2026.

Champ : investissements productifs neufs réalisés dans les départements d’outre-mer, à Saint-Pierre-et-Miquelon, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, à Saint-Martin, à Saint-Barthélemy, à Wallis-et-Futuna et dans les Terres australes et antarctiques françaises. Certains secteurs sont exclus : commerce, conseil, banque et assurance, activités immobilières, santé, entre autres. Dans un département d’outre-mer, l’exploitant doit réaliser moins de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Taux : 38,25 % du prix de revient hors taxes du matériel, diminué des aides publiques, et 45,9 % en Guyane, à Mayotte, à Saint-Pierre-et-Miquelon, à Wallis-et-Futuna et en Nouvelle-Calédonie. Quand le matériel est loué à l’exploitant, ces taux passent à 44,12 % et 52,95 % avec une rétrocession de 56 %, à 45,3 % et 54,36 % avec une rétrocession de 66 %. Des taux plus élevés s’appliquent aux énergies renouvelables et à la rénovation hôtelière.

Rétrocession : 66 % de la réduction, ramenés à 56 % pour les programmes inférieurs à 300 000 € par exploitant, sous forme de diminution du loyer et du prix de cession.

Année et imputation : la réduction s’applique au titre de l’année de mise en service du matériel. Elle s’impute sur l’impôt calculé au barème, jamais sur les impositions à taux proportionnel. L’excédent se reporte sur les cinq années suivantes ; au-delà, il est perdu pour un investisseur non professionnel.

Plafonnement : les avantages fiscaux d’un foyer ne peuvent pas réduire son impôt de plus de 18 000 € par an quand il investit outre-mer, dont 10 000 € au plus pour les autres niches. La réduction Girardin y est retenue pour 44 % de son montant (rétrocession de 56 %) ou 34 % (rétrocession de 66 %). Utilisée seule, elle peut donc atteindre environ 40 900 € ou 52 900 € par an. L’excédent éventuel s’ajoute à l’impôt dû.

Durées et reprise : la société loue le matériel au moins cinq ans, et vous gardez vos parts cinq ans. Si une condition cesse d’être remplie dans ce délai (matériel cédé ou détourné de l’activité, parts vendues), la réduction est reprise au titre de l’année de l’événement. La reprise est limitée aux trois quarts si l’exploitant cesse son activité, et écartée si le matériel est reloué à une nouvelle entreprise pour la durée restante. L’impôt ainsi repris ne peut pas être payé avec une nouvelle réduction outre-mer. En cas de décès pendant les cinq ans, l’administration admet l’absence de reprise, mais le solde non encore imputé est perdu. Pour un matériel utilisable sept ans ou plus, l’exploitant s’engage à l’utiliser sept ans ; ce manquement est sanctionné par une amende à sa charge.

Agrément, c’est-à-dire l’autorisation préalable du ministre chargé du budget : il est exigé au-delà de 250 000 € par programme quand l’investisseur ne participe pas à l’exploitation, ce qui est le cas des associés de SNC. Le seuil est de 1 000 000 € sinon. Dans certains secteurs, il est exigé quel que soit le montant, sous réserve de dispenses limitées : transports, navigation de plaisance, agriculture, pêche, rénovation hôtelière notamment.

Exploitant : il doit être à jour de ses obligations fiscales, sociales et de dépôt de ses comptes à la date de l’investissement, faute de quoi la réduction n’est pas accordée.

Déclaration : la réduction se déclare sur la déclaration complémentaire n° 2042 IOM, avec les montants transmis par la société.

Fin du dispositif : investissements mis en service jusqu’au 31 décembre 2029.

Les erreurs que nous voyons le plus souvent

Choisir sur le taux affiché, c’est-à-dire le rapport entre réduction et apport mis en avant par l’offre. Un écart plus large attire. Il se paie souvent ailleurs : exploitant plus fragile, matériel livré tard, assurance du montage plus mince. Nous comparons d’abord le monteur et l’exploitant, le taux ensuite.

Dimensionner sur l’impôt de l’an passé. La réduction ne s’impute que sur l’impôt au barème de l’année de mise en service. Une prime qui ne tombe pas, un départ en retraite, des revenus passés en dividendes : la réduction dépasse l’impôt, le solde attend, parfois jusqu’à se perdre. Et une réduction trop large bute sur le plafonnement.

Signer fin décembre. Le matériel doit être mis en service avant le 31 décembre pour compter sur l’année. Une livraison qui glisse en janvier décale la réduction d’un an. Un dossier signé dans l’urgence est rarement lu : statuts de la société, financement, assurance.

Ce que nous regardons en rendez-vous

Nous partons de votre avis d’imposition : l’impôt calculé au barème et la part de vos revenus taxée au prélèvement forfaitaire unique. Puis les réductions déjà utilisées, et la marge restante sous les plafonds de 10 000 € et de 18 000 €. Enfin vos revenus des prochaines années : une baisse prévisible change la taille de l’opération.

Ensuite, l’opération elle-même. Le monteur : son ancienneté, les opérations menées à terme, les reprises rencontrées, sa solidité financière. L’assurance du montage : qui la porte, ce qu’elle couvre, ses exclusions et son plafond. L’exploitant : son secteur, son ancienneté, ses comptes déposés, ses obligations fiscales et sociales. Le matériel : sa nature, sa durée d’utilisation, sa date de mise en service prévue, l’agrément quand il est exigé.

Nous lisons les statuts de la société et le contrat de financement, pour vérifier que votre engagement se limite à l’apport. Le rapport entre réduction et apport vient en dernier, jamais en premier.

Nous vous indiquons aussi notre rémunération : honoraires pour le conseil et rétrocommissions sur certains contrats, détaillés dans notre page consacrée au coût d’un conseiller en gestion de patrimoine.

Ce que nous décidons ensemble dépend de ces éléments. Un article ne peut pas le faire à votre place.

Les exemples chiffrés sont des hypothèses génériques. Le traitement fiscal dépend de la situation de chacun et peut être modifié par la loi. Simulation indicative. Ne constitue pas un conseil en investissement.

À retenir

  • Le Girardin industriel échange un apport versé une fois, jamais remboursé, contre une réduction d’impôt supérieure : l’écart est un avantage fiscal, pas une rentabilité.

  • Cet avantage suppose un impôt au barème suffisant l’année de mise en service du matériel, et une opération qui respecte ses conditions pendant cinq ans ; sinon, la réduction est reprise et l’apport reste perdu.

  • La réduction entre dans le plafond de 18 000 € des niches fiscales pour 44 % ou 34 % de son montant ; le dispositif s’applique aux investissements mis en service jusqu’au 31 décembre 2029.

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Questions fréquentes

Vos questions fréquentes

Vous devenez associé d'une société, en général une société en nom collectif, en versant un apport. Cette société achète du matériel neuf, le loue au moins cinq ans à une entreprise d'outre-mer, puis le lui revend. La loi impose de rétrocéder à cette entreprise 56 % ou 66 % de l'avantage fiscal. Vous obtenez une réduction d'impôt supérieure à votre apport, l'année de mise en service du matériel. L'apport n'est jamais remboursé.

Le risque central est la reprise de la réduction pendant cinq ans. Si l'exploitant cesse son activité, la reprise est limitée aux trois quarts, et elle est écartée si le matériel est reloué à une autre entreprise. Si l'administration conteste l'éligibilité de l'opération, la réduction est remise en cause, avec, le cas échéant, des intérêts de retard. Dans tous les cas, l'apport reste perdu. Associé d'une SNC, vous répondez en outre de ses dettes.

Ce n'est pas un gain, c'est un avantage fiscal. Dans notre hypothèse, 10 000 € apportés ouvrent 11 500 € de réduction : l'écart est de 1 500 €, à condition de payer au moins 11 500 € d'impôt au barème et que l'opération tienne cinq ans. En cas de reprise totale, l'écart disparaît et les 10 000 € sont perdus. Le rapport entre réduction et apport varie selon les opérations et ne dit rien du risque.

Oui, sous une forme allégée. Quand un foyer investit outre-mer, ses avantages fiscaux ne peuvent pas réduire son impôt de plus de 18 000 € par an, dont 10 000 € au plus pour les autres niches. La réduction Girardin n'y compte que pour 44 % de son montant, ou 34 % quand la rétrocession à l'exploitant atteint 66 %. Utilisée seule, elle peut donc atteindre environ 40 900 € ou 52 900 € par an.

La réduction s'applique l'année où le matériel est mis en service, pas l'année de votre signature. Une opération souscrite en décembre dont le matériel est livré en janvier bascule sur l'année suivante. Mieux vaut décider au printemps ou à l'été, avis d'imposition en main, quand votre impôt de l'année est prévisible et que le choix d'opérations reste large. En fin d'année, les décisions se prennent vite, souvent trop vite.

Yohan Bakaraly, conseiller en gestion de patrimoine, fondateur d'IPATRIM

Yohan Bakaraly

Yohan Bakaraly

Fondateur d’IPATRIM. Conseiller en investissements financiers, membre de la CNCGP. Courtier en assurance. ORIAS n° 25001236. Enseignant en Licence et Master à l’IFCV.

Fondateur d’IPATRIM. Conseiller en investissements financiers, membre de la CNCGP. Courtier en assurance. ORIAS n° 25001236. Enseignant en Licence et Master à l’IFCV.

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